De Mathias Pollet – Victime de prejugés à cause d’une couleur de peau

Les blancs sont-ils tous riches ? Les Africains sont-ils tous pauvres ? La vie en Afrique est-elle vraiment facile pour un Européen ? Et qu’en est-il d’un noir quand il arrive au pays des blancs ?

Sommes-nous tous, en fonction de notre couleur de peau, sujets aux préjugés et aux stéréotypes culturels ?

Autant de questions qui suscitent réflexion et qui nécessitent des réponses.

Les voyages forment la jeunesse ! Contempler les Chûtes Victoria, le Grand Canyon, les châteaux de la Loire et bien d’autres merveilles du monde demeure certes un réel plaisir. L’essence même d’un voyage est la découverte d’une autre culture.

Et le meilleur moyen de l’explorer reste l’immersion : rencontrer les autochtones, découvrir leur art culinaire, vivre leur situation et bien évidemment visiter les beautés du pays (il faut aussi en profiter).

De cette manière, il est possible de discerner nombre de différences culturelles et du coup d’apprendre sur nous-mêmes. Je pense aussi que telle est la voie vers l’acceptation, la tolérance et le respect de l’Autre.

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Voilà déjà deux mois passés à Bukavu. Deux mois que je vis dans la culture congolaise, dans un contexte politique, économique et social très différent de celui de la Belgique. En 2005, j’ai aussi travaillé pendant six mois au Mali dans le Sahel avec les touaregs. Bukavu n’est donc pas ma première expérience africaine. C’est d’ailleurs le Mali qui m’a rendu amoureux de ce continent et qui m’a donné l’envie de le découvrir davantage. Pourtant, dans ce village en plein milieu du désert et ici entre le lac et les collines, je reste toujours victime des préjugés.

Et je commence à comprendre les difficultés que vivent certains étrangers en Belgique. Qu’ils soient Marocains, Congolais, Chinois, Péruviens, leur couleur de peau ne leur laisse pas beaucoup d’avantages. Il en est de même pour un Belge, un Anglais, un Russe, un Américain ou un Polonais ici en Afrique. Quelle que soit notre pigmentation de peau ou notre culture, où que l’on aille, nous serons tous victimes des idées préconçues. Et cela est valable dans les deux sens…

Quand je me balade dans les rues de Bukavu, je ne peux passer dix minutes sans entendre « muzungu » (blanc, patron, businessman…). Si quelqu’un veut m’interpeler, il utilisera ce mot. Pourquoi ne pas dire « monsieur, ou jeune homme » ? En Belgique, je n’oserais jamais agir de la sorte. Interpeler un Africain en l’appelant « le noir » ? Les gens me jetteraient la pierre. Je suis conscient qu’il n’y a pas de mauvais regard derrière le mot « muzungu ».

Mais pourquoi toujours marquer cette différence ? Est-elle vraiment utile ? Peut-elle faire avancer le respect et la tolérance dans ce monde où les inégalités sont souvent trop importantes ?

Bien souvent, quand un Africain voit un blanc, un billet de 100$ lui monte directement au cerveau. C’est pourquoi, la mendicité de certains est devenue une partie de mon quotidien. Il m’est même arrivé de voir un Congolais avec un gros ventre me demander de l’argent prétextant qu’il était affamé. J’ai dû rire car il se payait vraiment ma tête.

Trop d’Africains pensent que l’Europe ou les Etats-Unis sont un paradis sur terre.

Ils ne peuvent s’imaginer que la pauvreté existe aussi chez nous. Certes, elle est moins présente. Mais elle est là. Et il faut aussi tenir compte du climat. Dormir dehors, en hiver, sous -10° C, peut être fatal pour le sans abri en Belgique. Au Mali, quelqu’un m’avait demandé s’il était vrai qu’en Europe les billets de banque poussent sur les arbres… Cette ignorance existe aussi dans nos pays. Certains se demandent si l’électricité existe en Afrique. Certains pensent que tous crèvent de faim ou que la plupart des noirs courent nus dans les forêts avec leur lance pour chasser les phacochères…

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Au Mali…

Pour citer un autre exemple, au Mali comme en RD Congo, les gens me croient très fragile. Je parle de l’aspect physique. Beaucoup pensent que marcher trois ou quatre kilomètres nous est impossible. Du coup, ils sont surpris de me voir marcher au lieu de prendre le taxi (qui ne coûte pas cher du tout). D’autres sont étonnés de savoir que je mange du foufou et du sombé (pâte de manioc et maïs aux feuilles de maniocs, produits de base locaux). Et s’il m’arrivait dans un restaurant de commander un plat de riz avec des haricots, le serveur me regarderait d’un air interrogatif. « Un blanc qui mange ça ? » Et pourquoi pas ? C’est bon le riz avec des haricots. En Belgique, nous mangeons beaucoup de frites. Et ce ne sont que des tranches de pomme de terre (un produit de base) cuites dans l’huile.

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Je pourrais citer des exemples en quantité. Mais à quoi bon ? Je préfère vous inviter à les découvrir par vous-même. J’essaie juste de comprendre ces préjugés. Je ne prétendrai pas pouvoir apporter toutes les réponses (loin de là) mais je peux au moins partager quelques analyses.

D’une part, il y a la télévision qui peut influencer ces comportements. Les feuilletons diffusés montrent tout le temps des personnes vivant dans de très belles maisons et portant des habits classes et propres. Ils voient des routes et infrastructures de qualité, des hôpitaux modernes, des voitures modernes. Et ne parlons pas des clips musicaux exhibant sans cesse le luxe à outrance. Il ne faut donc pas oublier que la télévision est souvent un reflet de la société. Mais il existe d’autres raisons.

Je vis à Bukavu chez un Congolais. Et même s’il habite dans le quartier La Botte où se trouve la villa présidentielle, ce n’est pas Muhumba (le quartier des blancs).

Il y a une semaine, un ami m’invite dans un restaurant situé dans le quartier Muhumba. Eh bien, je n’avais jamais vu autant d’expatriés de tout mon séjour. Comment se fait-il que je ne les avais jamais vus auparavant ? Pourtant, je sors beaucoup. Je visite. Je rencontre beaucoup de monde. La réponse est simple : ils ne trainent pas dans les quartiers populaires ou dans les bars de Congolais.

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Quelle image peuvent donc avoir les autochtones sur les étrangers à partir du moment où ils ne sortent pas de leur « petite Europe » ?

Les gens sont souvent étonnés d’apprendre que je ne vis pas à Muhumba. Dans ce restaurant, les prix étaient à tomber par terre. Plus élevés qu’en Belgique. Pour un plat de viande que je peux payer deux dollars, il fallait en payer quinze dans ce restaurant. Or je préfère payer sept fois moins cher pour le même repas et me retrouver en véritable territoire congolais.

Les ONG internationales jouent aussi leur rôle dans cette affaire. Ce sont bien elles qui amènent de l’argent, de la nourriture, des infrastructures, etc. Et ce sont à nouveau les blancs qui les représentent… Beaucoup de Congolais voient ces organisations d’un mauvais œil. Ils pensent qu’elles viennent pour piller les richesses territoriales et qu’elles y gagnent beaucoup plus que ce qu’elles ne donnent… On pourrait encore citer le tourisme ou la colonisation comme autres réponses. Il y en a des tas.

Je pense même que ce sujet mériterait une thèse. Mais tout cela pour expliquer que les Africains ne sont pas toujours responsables de leurs préjugés, que les blancs ont aussi joué leur rôle cette affaire.

Au pays des blancs

Au pays des blancs, les Africains ou les Asiatiques souffrent aussi de leurs différences à bien des niveaux. J’en connais certains qui ont été tabassés par des skinheads pour le seul motif d’être d’origine africaine. Même s’ils sont nés en Belgique… L’existence des partis de l’extrême droite (le Front national en Wallonie ou le Vlaams Belang en Flandre) démontrent un manque de tolérance et d’acceptation des différences culturelles.

De même, j’ai pu remarquer que les étrangers sont parfois considérés comme moins intelligents ou moins cultivés. Il existe une méfiance de la part des employeurs vis-à-vis d’un diplôme africain ou d’une couleur de peau. Un ingénieur congolais et un ingénieur belge se présentent pour un même travail. Je suis prêt à parier que, dans la plupart des cas, ce sera le Belge qui sera engagé. J’ai aussi un ami d’origine maghrébine qui a échoué à plusieurs reprises le même examen alors qu’il connaissait sa matière sur le bout des doigts. Il a donc demandé à son professeur ce qui n’allait pas. Voilà la réponse : « il faut croire que les Marocains sont moins intelligents que les Belges »… C’est quand même triste de douter des compétences intellectuelles d’un individu sous prétexte d’une origine différente.

J’entends fréquemment en Belgique que les Maghrébins sont des voleurs. Cette réputation leur colle à la peau. J’étais en train de compléter mon billet de transport à l’intérieur du train. Normalement, il faut l’avoir fait avant de monter. Un autre passager (d’origine magrébine), assis à trois mètres de moi, remplit aussi son billet de transport. Le contrôleur arrive à ce moment-là et nous regarde. Evidemment, c’était pour la pomme de « l’étranger ». Il commence à lui faire des reproches en lui disant qu’il fallait compléter le billet avant de monter dans le train. Il était prêt à lui coller une amende. Je suis intervenu en disant que nous étions montés en même temps et que tous deux étions en train de nous mettre en règle pour notre titre de transport. Pour finir, il a laissé tomber. Mais j’étais curieux de savoir ce qu’il ce serait passé s’il était seul dans le wagon…

Des histoires et tracasseries, ils en vivent aussi. Ne parlons pas de leur difficulté à entrer dans une boîte de nuit. Un noir va vouloir rentrer. On le refuse. Le suivant est blanc. Il entre. Alors qu’ils sont tous deux habillés de la même manière. Et le videur, pour se défendre, dira que le blanc est un grand habitué…

On peut donc citer des centaines de cas. Mais quelles sont les raisons de ces comportements ? Les blancs pensent-ils que tous les Africains sont pauvres, qu’ils sont tous mendiants ou voleurs ? Peut-être que les Africains trainent toujours l’image des sauvages que l’on a dû civiliser. Mais n’était-ce pas sauvage de la part des colonisateurs d’imposer leur civilisation, leur manière de vivre et de voir le monde ?

La capacité des Africains à toujours rester « cool », à ne pas se presser peut énerver certains Européens. Ils vont se dire que les noirs sont des fainéants, qu’ils ne savent pas être productifs, alors que, comme le répète toujours le conteur congolais Pie Tshibanda, on parle de « travailler comme un nègre »!

J’ai déjà entendu cette magnifique phrase : « les Africains n’ont pas de montres mais ils ont le temps ». D’autres  penseront qu’un noir est moins intelligent parce qu’il a un accent bizarre et moins de vocabulaire. Le français n’est pas leur langue maternelle, voilà tout ! Il ne faut pas chercher midi à quatorze heures. De plus, il y a des Africains qui parlent bien mieux le français que certains natifs francophones…

Au final, nous sommes tous victimes des préjugés à cause d’une couleur de peau, d’une culture ou d’une origine différente. On dit toujours que l’on doit juger un homme par ses actions et non par ce qu’il dit ou par ce qu’il représente. L’habit ne fait pas le moine.

Je pense donc que la tolérance et l’ouverture d’esprit sont les principales clés pour vivre dans un monde de joie et de paix.

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