VDay De la douleur en pouvoir

VDAY – 2011 à la Cité de la Joie

45 femmes victimes de viols et violences basées sur le genre témoignent, après une formation de six mois à la Cité de la joie.

28 janvier 2012. 45 femmes, victimes des violences sexuelles et des violences basées sur le genre ont bénéficié d’une formation de 6 mois sur « Le leadership de la femme » grâce au programme de la Cité de la joie, un projet de V-Day / RD Congo et de la fondation Panzi avec le soutien de l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’Enfance).

Les cérémonies marquant la fin de cette première session de formation se sont déroulées le samedi 28 janvier dans l’enceinte de la Cité de la joie à Bukavu, quartier Panzi en commune d’Ibanda, en présence de plusieurs personnalités nationales et internationales parmi lesquelles Marcellin Cishambo, Gouverneur de province, Jean-Claude Kibala, vice-gouverneur, Docteur Denis Mukwege, président de la Fondation Panzi, Christine Schuler – Deschryver, Directrice de la Cité de la joie et de V-Day au Congo et Mme Eve Ensler, fondatrice du mouvement V-Day.

120128 V Day De la douleur en pouvoir Gouverneur Cishambo et Eve Ensler

Concepts sur les « Violences basées sur le genre »

A voir sur le web les nombreuses définitions… en voici quatre :
* wikipedia.org/wiki/Genre_(sciences_sociales)
* Violence contre les femmes et les filles : Briser la culture du silence
* Lutte contre les violences sexuelles – UNFPA

* Les violences basées sur le genre. Manuel de formation à l’attention des écoutantes du réseau Anaruz –  Extrait P16 : 1.2 Le concept de genre.

Qu’entend-on par genre ?
Au cours de la dernière décennie, la distinction entre sexe et genre, initialement anglo-saxonne, s’est imposée comme un fait majeur, et l’un des pivots de la réflexion sociologique.

Sexe : se réfère aux  différences biologiques qui existent entre les femmes et les hommes et à la différence corrélative entre leurs fonctions procréatives. Il décrit les caractéristiques biologiques immuables et universelles des femmes et des hommes. Pour les femmes, la grossesse et l’allaitement sont les seules activités déterminées par leur  appartenance biologique au sexe féminin.

Le Genre a trait non à la  différence, mais à la  différentiation sociale et culturelle des sexes. Il fait référence aux  relations construites socialement entre les femmes et les hommes (p. ex, époux/épouse), mais aussi entre femmes et femmes (mère/fille) et entre les hommes et les hommes (père/fils).

En analysant l’oppression des femmes, en termes de rapports sociaux de sexe, la théorie du genre souligne le caractère social des catégories sexuelles, en les distinguant des hommes et des femmes biologiques. Ce faisant, elle réfute les thèses naturalistes, qui faisait du sexe biologique, le principe explicatif de l’oppression des femmes. Car, jusqu’aux années soixante, l’alibi de la « nature » pour maintenir, perpétrer et expliquer la domination masculine des inégalités entre les sexes dans la société, était encore largement privilégié par les sciences humaines et la pensée scientifique, de manière générale.

Le Genre, c’est donc  l’identité (sociale) que la société, dans un contexte socio-culturel, religieux et économique donné, confère aux hommes et aux femmes. L’identité « Genre » détermine largement les relations entre les femmes et les hommes, dans la sphère privée (famille) comme dans la sphère publique (ex. au travail).

Les relations de genre sont spécifiques à un contexte.
Elles s’entrecoupent avec d’autres facteurs, signifiant que tous les hommes et toutes les femmes ne sont pas les mêmes.

Les facteurs qui affectent l’identité «genrée » des femmes et des hommes dans un contexte donné,  sont : L’âge, la classe sociale, le milieu géographique, la religion, l’ethnie, l’époque etc…

La théorie du genre est un cadre conceptuel qui sert à analyser les rapports sociaux qui régissent les relations entre les femmes et les hommes, en intégrant leurs différences, leurs complémentarités et leurs synergies. L’approche du genre est une nouvelle construction théorique des rapports sociaux  de sexe.  Elle constitue une rupture critique avec la sociologie qui les a longtemps ignorés.

Une analyse sensible au genre permet d’intégrer la prise en compte des dynamiques de changements sociaux dans une situation donnée et le suivi ultérieur de leur évolution, notamment au regard de la réduction ou de l’aggravation des disparités entre hommes et femmes.

120128 V Day De la douleur en pouvoir (4)

La construction de la Cité de la joie est l’aboutissement d’une vaste campagne lancée par V-Day en novembre 2007. La campagne  « Stop au viol de notre ressource la plus précieuse : pouvoir aux femmes et filles de la RDC » sensibilise et informe les gens partout dans le monde et en particulier au Congo sur les violences liées au genre (Le « genre » est utilisé pour faire référence aux différences non anatomiques, psychologiques, mentales sociales, économiques, démographiques, politiques,…) et plaide pour le changement  de comportement.

120128 V Day De la douleur en pouvoir Vice gouverneur et Christine et Gouverneur

La directrice de la Cité de la joie de V-Day au Congo, Christine Schuler – Deschryver souligne que la Cité de la joie fournira une nouvelle tribune puissante aux femmes congolaises capable de transformer « leur douleur en pouvoir », de rétablir le sentiment de pouvoir prendre leur propre vie en main, et de devenir des leaders et responsables politiques qui piloteront la destinée de l’Est du Congo vers la paix.

La construction de la Cité de la joie a débutée en septembre 2009. UNICEF et V-Day USA financent le projet.

En tant que directrice principale de la cité de la joie et de V-Day en RDC, Christine Schuler Deschryver a supervisé les travaux. L’inauguration de la Cité de la joie a eu lieu en février 2011.

Le projet devrait accueillir 90 femmes survivantes des violences (pendant 6 mois soit une moyenne de 180 femmes par an), mais suite aux retards dans la construction, le centre a formé 45 femmes en cette première année d’activité. Ces personnes ont été sélectionnées par les ONG locales partenaires de V-Day et les hôpitaux comme l’hôpital de Panzi et Heal Africa.

Dans son speech, la fondatrice de V-Day, Eve Ensler a loué le courage de ces femmes d’avoir accepté de passer 6 mois à la Cité de la joie ; cela prouve que le changement est possible, a-t-elle ajouté. Elle leur demande de prendre maintenant leur destin en main pour construire leur avenir.

« Il est inadmissible que l’on continue à utiliser les violences comme arme de guerre, il faut mettre fin à l’impunité et punir sévèrement les auteurs de ces actes et rendre le pouvoir aux femmes congolaises » souligne avec insistance Christine Schuler.

Durant 6 mois, les pensionnaires de la Cité de la joie ont suivi des cours sur la communication sociale, la psychothérapie, les séances de dé-traumatisassions l’agro pastorale, l’informatique, l’anglais, l’alphabétisation, le droit civique et politique, l’éducation à la vie, le droit à la paix et à la sécurité, l’éducation sexuelle, la santé et la reproduction, l’hygiène et la nutrition, la protection de l’environnement et l’initiation à l’entreprenariat…

120128 V Day De la douleur en pouvoir Une survivante temoigne

Témoignages de femmes à la Cité de la joie

Sandra Ali : « Avant je ne connaissais pas mes droits, je ne savais même pas que la femme pouvait accéder à l’héritage mais aujourd’hui grâce à cette formation je suis en mesure de citer mes droits et de les défendre, quand je serai de retour dans mon village, je vais enseigner à d’autres femmes ce que j’ai appris ici ».

Francine Kabeya : « Quand je suis arrivé ici, je ne savais pas lire et écrire, je ne savais pas calculer. Avec les 6 mois de formation, je sais déjà écrire mon nom, je suis en mesure d’écrire une lettre en cas de besoin. Je comprends que l’analphabétisme des nombreuses femmes et filles dans mon pays est une violence et nos autorités ne font rien pour y remédier. Je me sens heureuse d’avoir mon temps ici à la Cité de la joie ».

Basemanya Ziada : « Moi j’ai beaucoup apprécié le cours d’éducation sexuelle. Avant je ne connaissais pas mon corps, je n’aimais pas mon corps, j’avais même honte de mon corps. Je me disais qu’être une femme dans mon pays c’est une mauvaise chance car je n’étais pas considérée dans ma société. Grâce à la formation reçue, j’ai commencé à aimer mon corps, je me suis donné de la valeur en tant que femme. Je sais déjà comment me protéger des maladies sexuellement transmissible, comment éviter les grossesses non désirées et comment planifier les naissances ».

La formation a été sanctionnée par la remise de brevets par l’autorité provinciale et les membres du staff de V-Day international.

« Pour que les choses changent dans notre pays, je demande à nos autorités de laisser la corruption car elle est à la base de la destruction et de la misère de la population. Nous voulons en tant que femme, voir une amélioration à ce niveau-là, sinon le pays va continuer à sombrer » a déclaré Mme Jeanne Mukuninwa, une bénéficiaire de la formation.

V-Day est un mouvement mondial activiste pour faire cesser la violence envers les femmes et les filles, sous toutes ses formes des violences y compris le viol, l’inceste, les coups, la mutilation génitale féminine et l’esclavage sexuel c’est un catalyseur qui promeut les événements créatifs permettant aux organisations antiviolence de lever des fonds en vue de sensibiliser le public sur ce drame et ces crimes…

En effet, depuis 2006 des milliers des femmes, des filles et des enfants sont victimes des violences sexuelles en RD Congo surtout dans la partie Est du pays, une tactique utilisée comme une arme de guerre par les bandes armées ( les FDLR Force  Démocratique pour la Libération du Rwanda et par l’armée régulière FARDC Forces Armées de la RD Congo) pour torturer et humilier les femmes et détruire ainsi toute la communauté.

Aujourd’hui, le viol ou les violences faites à la femme, ne sont plus uniquement le fait de guerre, du fait de l’impunité des crimes commis et du déficit de la Justice…

La violence à l’égard des femmes les appauvrit individuellement ainsi que leurs familles, communautés, sociétés et pays à maints égards.

Cette violence constitue une atteinte à leurs droits fondamentaux et un obstacle à l’exercice de leurs droits et de leurs libertés fondamentales, comme le droit à la vie et à la sécurité de la personne humaine, le droit pour toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible, le droit à l’éducation, au travail et logement ainsi que le droit de participer à la vie publique.

Cette violence perpétue la subordination des femmes ainsi que la répartition inégale des pouvoirs entre les sexes. Elle influe sur la santé et le bien être des femmes, entrave le développement et provoque des déplacements de personnes des villages vers la ville.

A ce jour, des hommes et des femmes continuent à vivre dans l’insécurité dans leurs propres maisons, en particulier  dans les zones rurales. Quand la nuit tombe, les habitants craignent l’attaque des hommes en armes qui peuvent leur faire subir la violence et emporter leurs biens.

La violence à l’égard des femmes est une violence de leurs droits fondamentaux.

Eliane POLEPOLE

Commentaires

120128 V Day De la douleur en pouvoir Pensionnaires (2)

A quoi sert une Constitution dont les références ne sont pas mises en applications ? A tromper les gens ?

C’est à l’Etat et à ses représentants qu’incombe de prévenir ces actes immondes par l’Education à la non-violence, par la mise en œuvre des services effectifs de l’Etat (avec les moyens de fonctionnement et d’investissement réels, limitant le trafic de ses fonctionnaires), de politiques économique et sociale justes, d’une sécurité militaire et policière au service réel de la population, d’une Justice qui porte son nom et de combattre par tous les moyens nécessaires, toutes formes de violences faite à toute Personne, à la Femme comme à l’Homme.

Certes, cette attente de fonctionnement d’un Etat qui serait «  de droit », parait de bon sens, mais n’est-elle pas encore l’expression d’un vœu pieux de plus, entendu depuis des dizaines d’années face à l’irresponsabilité de l’Etat et le mensonge de ses différents pouvoirs, sur la corruption de beaucoup d’institutions internationales de toutes natures, leur inefficacité et leur « collusion de fait » au système mafieux nationalisé qu’est la RDC aujourd’hui ?

En l’état de délabrement des mentalités et des réalités aujourd’hui, cette attente paraît plutôt naïve…

Pauvre riche Congo !

L’espoir est le meilleur moyen de souffrir dans la durée…

Ce qui est intéressant dans la démarche V-Day, c’est de proposer à quelques femmes, finalement privilégiées (sur les dizaines de milliers de victimes), d’acquérir de la « connaissance pour agir », en vue d’influencer une révolution des valeurs et des mentalités du Pouvoir… Transformer leur douleur en pouvoir !

Constitution de la RDC

La Constitution de la RDC de 2005 reprend pourtant en son chapitre 1er « Des Droits civils et politiques », particulièrement en ses articles 14, 15 et 16, les postulats suivants :

Article 14 : Les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits.

Ils prennent dans tous les domaines, notamment dans les domaines civil, politique, économique, social et culturel, toutes les mesures appropriées pour assurer le total épanouissement et la pleine participation de la femme au développement de la nation.
Ils prennent, des mesures pour lutter contre toute forme de violences faites à la femme dans la vie publique et dans la vie privée.
La femme a droit à une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales.
L’État garantit la mise en œuvre de la parité homme-femme dans lesdites institutions.
La loi fixe les modalités d’application de ces droits.

Article 15 : Les pouvoirs publics veillent à l’élimination des violences sexuelles.

Sans préjudice des traités et accords internationaux, toute violence sexuelle faite sur toute personne, dans l’intention de déstabiliser, de disloquer une famille et de faire disparaître tout un peuple est érigée en crime contre l’humanité puni par la loi.

Article 16 : La personne humaine est sacrée. L’État a l’obligation de la respecter et de la protéger.

Toute personne a droit à la vie, à l’intégrité physique ainsi qu’au libre développement de sa personnalité dans le respect de la loi, de l’ordre public, du droit d’autrui et des bonnes mœurs.
Nul ne peut être tenu en esclavage ni dans une condition analogue.
Nul ne peut être soumis à un traitement cruel, inhumain ou dégradant.
Nul ne peut être astreint à un travail forcé ou obligatoire.

Vidéo 3TAMIS

> 2009 Le viol n’est pas animal – UNFPA

> 2009 Tous contre les violences sexuelles – UNFPA

> 2008 – Entretiens avec la mission belge, sur les violences faites aux femmes

> 2008 Femmes violées. Centre Olame Ministres belges Karl De Gucht et Charles Michel écoutent

> 2002 Femmes violées

Documentations

> www.vday.org

> Eve Ensler « Les Monologues du vagin »
> www.panzifoundation.org
> www.panzihospital.org
> Docteur Denis Mukwege

> HEAL Africa

> Viol (Fr)> Rape (Anglais)

> Violences conjugales

> Human Rights Watch – Dossier : En quête de justice

> www.unwomen.org

> The NY Ttimes : Rape Epidemic Raises Trauma of Congo War


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