Journée internationale de la Femme 2012 à Kavumu !

« Investir dans les femmes rurales de la base pour garantir la réduction de la pauvreté, la paix et la modernité en RD Congo »

La division provinciale du genre, famille et enfant a patronné la manifestation en collaboration avec les organisations féminines qui devaient s’y impliquer.

Plusieurs activités étaient programmées : journée de réflexion et de partage avec les malades et les démunies, cultes religieux à caractère œcuménique et enfin l’habituel défilé, cette fois à Kavumu à environ 30 km de la ville dans le territoire de Kabare.

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Cette année, le défilé a été organisé à Kavumu, petit centre d’activité commerciale proche d’une zone de production agricole, en raison du thème « Investir dans les femmes rurales ». Ce fut une manière de compatir avec les femmes rurales les plus touchées par les violences sexuelles, l’insécurité et la violation de leurs droits.

5.000 femmes ont représenté des associations locales, des organisations internationales et agences des Nations Unies, la fonction publique, des confessions religieuses, des professions libérales, les étudiantes et élèves, les commerçantes, les femmes « transporteuses », les femmes rurales, les partis politiques et même les femmes âgées regroupées autour de plates-formes associatives.

Femmes transporteuses, une caractéristique de l’esclavage moderne, où des femmes louent leur corps, en transportant sur leur dos à la manière des sherpas de l’Himalaya, des charges parfois supérieures à leur propre poids sur des kilomètres pour un salaire de misère et bien sûr, sans couverture sociale : plutôt faire cela avec un courage incroyable, que de mourir…

Même pratique capitaliste qu’au 19ème siècle ! Voir article Femmes transporteuses. Cette situation avait été la préoccupation du Comité Antibwaki, une expérience avortée, fortement dénigrée par les « intellectuels » lors des Journées du Cerpru ISDR 1992, comme le relève le court extrait vidéo ci-après.

D’autres femmes conscientes que leurs revendications n’ont pas été honorées jusque-là, ont boycotté le défilé : les femmes enseignantes, les infirmières, les femmes des organisations de la société civile, etc.Sur les calicots, les messages de revendications tournaient autour de leurs rôles dans la réduction de la pauvreté et de l’injustice dont elles sont les premières victimes avec les enfants.

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Le Sud-Kivu pourrait être une région largement en autosuffisance alimentaire et un berceau en RDC de l’agriculture dite biologique, étant relativement peu touché par les poisons que sont les intrants chimiques. Mais les politiques relative à la gestion des ressources alimentaires, à la promotion de l’agriculture familiale et à l’agroforestière, sont totalement absentes ou inadaptées au profit des grands groupes agro-alimentaires ou financiers puisque la nourriture est devenue un objet de spéculation boursière mondiale. Comment expliquer sinon, que du riz soit importé dans un pays qui en produit ?

La tentation fortement entretenue par ces compagnies mafieuses soutenue par les aides humanitaires, est de pousser à la mécanisation, l’utilisation d’intrant chimiques et de graines OGM, de déboiser alors qu’il est largement démontré l’absurdité de ces méthodes destructrices du sol et de la diversité des ressources, qui ne servent que les riches et compagnies agroalimentaires internationales, et certainement pas la population locale. « Investir dans la femme rurale » est une action essentielle pour le développement de la société, car les femmes sont les piliers de l’économie rurale : elle assure la plus grande part de la production alimentaire et participent donc à la sécurité alimentaire du pays.

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Encore faut-il qu’elles soient sensibilisées aux approches économiques respectueuses des gens et de la nature…

Sans elles, difficile de s’en sortir car elles font presque tout : elles cultivent, elles vont au marché, elles exercent des petits commerces pour survivre en plus des travaux ménagers et de l’éducation de leurs enfants.

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Dans les discours de circonstance, il a été rappelé que la femme rurale est confrontée à de nombreux problèmes auxquels elle doit faire face. Elle souffre de nombreuses inégalités : elle n’a pas le droit à l’éducation, à la propriété, à l’héritage, au crédit et même aux micro-finances, à l’information, au droit à l’avortement, à la contraception, aux loisirs, « au temps pour elle » car toujours au service de la famille, elle est faiblement représentée dans les instances de prise de décision…

Les  femmes vivant dans les campagnes sont plus nombreuses à être victimes de viols et des autres violences décrites ci-dessus suite à l’insécurité dans les villages et la difficulté d’accès à l’information.Peu de femmes connaissent leurs droits ; elles n’ont souvent pas conscience de leur impact sur leur vie quotidienne ; elles ignorent comment affirmer leurs droits dans la pratique et comment obtenir réparation lorsque ces droits sont bafoués.

Plus encore qu’en ville, la justice est soumise à l’arbitraire des us et coutume et des pouvoirs locaux qui sont loin de garantir comme ils en ont l’obligation, l’équité et le respect des femmes…

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L’absence d’organisation de défense bien organisée et forte, l’éloignement des médias, se fait ressentir : il n’y a pas de garde-fou.La femme au village se retrouve au second rang de la société ; Il est essentiel qu’elle puisse enfin accéder à la liberté d’entreprendre de manière autonome  avec des capacités intellectuelles, techniques et financières.

Il est important que la femme rurale (ou urbaine !) soit présente en nombre dans les instances publiques et civiles afin d’influencer les prises des décisions et de garantir leurs droits à tous les niveaux de la vie.

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Mais comment y arriver dans un Etat détourné de sa fonction première qui est de garantir l’intérêt général ?

Une définition du sens de l’Etat : L’Etat est un organe juridique, plus ou moins centralisé, qui impose des normes et organise la société. Il garantit la stabilisation du groupe humain en apportant un ordre à l’intérieur des frontières. Si ses compétences sont larges, l’Etat n’a que seul devoir de servir l’intérêt général. Il doit répondre aux besoins du peuple en exerçant ses pouvoirs qu’en ce seul sens. (Extrait du Monde politique) Ce qui est largement loin d’être le cas, les différents pouvoirs ayant aujourd’hui plus que jamais avec la complicité des organisations et des coopérations internationales, transformé l’Etat en une organisation mafieuse nationalisée…

Le 8 mars est l’occasion de saluer les réalisations des femmes et de faire valoir leurs préoccupations, leurs revendications sur la scène nationale, régionale et internationale. Traditionnellement les groupes et associations des femmes préparent des manifestations partout dans le monde, pour faire aboutir leurs revendications, améliorer la condition des femmes, fêter les victoires et les avancées.

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Depuis 2005, différents thèmes d’action ont été proposés :

2005 – « Femme-sécurité-Justice-élection »

2006 – «Participation de la femme à la prise de décision, promouvoir le changement, relever le défi » – thème international et « La participation de la femme à la prise de décision par les décisions » – thème national

2007 – « Mettre fin à l’impunité des violences sexuelles » – thème international et «  Mettre fin à l’impunité des violences sexuelles par  l’exigence de l’application de la loi » – thème national

2008 – « Investir dans les femmes et les filles »

2009 – « Hommes et Femmes, tous unis pour lutter contre les violences sexuelles » – thème international

2010 – « Droits égaux, opportunités égales: progrès pour tous » – thème international, « Progrès pour tous  par la parité homme-femme dans un Congo cinquantenaire » – thème national. Voir article.

2011 – « L’accès et la participation des femmes et des filles  à l’éducation, à la formation, à la science et à la technologie, y compris à la promotion de l’égalité d’accès au plein emploi et à un travail décent » – thème international, « L’égal accès des  hommes et des femmes, des garçons et des filles, à la formation, Egal accès aux mêmes opportunités pour un Congo paritaire » – thème national. Voir article.

2012 – « Investir dans les femmes rurales de la base pour garantir la réduction de la pauvreté, la paix et la modernité en RD Congo » – thème national

Le constat sur ce qui a été mis en œuvre à coup de défilé et de discours, est amer…

L’impact de la Marche mondiale des Femmes organisée à Bukavu en octobre 2010 et l’implication de femmes leaders reconnues pour leur engagement pour la promotion des femme, comme Mathilde Muhindo – Centre Olame, lauréate prix Human Right Watch 2008, de Venantie Bisimwa, Docteur honoris causa de l’Université catholique de Louvain – UCL, et de Maria Masson, de Chouchou Namegabe, Christine Schuler – V-Day, Solange Lusiku, Docteur honoris causa UCL 2012 et de bien d’autres, est plutôt faible devant la puissance des intérêts économiques dont morale, justice, respect de la personne sont inconnus du dictionnaire économique…

Comment cette journée est-elle célébrée au Congo ? Par la distribution de pagnes, casquettes et autres t-shirts, des rafraichissements où seuls les VIP Very Important Personne sont servis, l’organisation de défilés, des beaux discours officiels et des manifestations presque obligatoires… !

Alors beaucoup de personnes estiment que la Journée Internationale de la Femme est devenue une journée de bavardages intelligents sans suite concrète.

Il y a de quoi crier sa colère devant tant de mascarade dont on sait qu’elle sert à donner bonne apparence au niveau international et à ces organisations-là, à leur donner bonne conscience…

Plus personne n’est dupe de l’utilisation politicienne que sont ces manifestations officielles.

Alors à quoi bon défiler si les revendications des femmes ne sont pas prises en compte ?

La Journée Internationale de la Femme a au moins eu le mérite de rappeler une fois de plus, la responsabilité des élites politiques des crimes commis en détournant la fonction de l’Etat à leur profit, et du crime de non-assistance à personne en danger que sont les femmes rurales en particulier…

L’évolution actuelle  du processus politique, l’absence d’une administration publique crédible, l’absence même de financement de cette administration, ne permettent pas de croire à l’établissement  des droits, la sécurité et l’amélioration des conditions de vie de la population à court terme…

Les politiques auront-ils un jour la volonté de changer les choses et de respecter ce qu’ils promettent dans leurs discours ?

3TAMIS

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Caractéristiques d’une mafia Wikipédia

Six caractéristiques définissent une mafia :

1. Structuration de l’organisation qui suppose un engagement réciproque de ses membres et un certain nombre de règles internes.

2. La violence qui est à la fois utilisée pour accéder à des richesses et pour protéger l’organisation par l’intimidation.

3. La mafia a aussi un rôle social. Les mafieux cherchent à avoir des rôles importants dans des activités de médiation sur le plan politique, social ou économique, en particulier pour la jonction entre la sphère légale et illégale.

4. Un ancrage territorial. Ainsi tout en ayant des activités internationales. Les mafias cherchent à garder des liens sur leurs territoires d’origine.

5. La coexistence entre les activités légales et illégales entre l’ensemble des ressources de l’organisation. Seule l’Italie, confrontée de longue date aux phénomènes mafieux, a défini le crime d’association mafieuse.

6. Le lien avec les classes politiques et les institutions, soit à l’échelle régionale, soit à l’échelle nationale. Grâce à cette interpénétration, elle arrive à accéder à certaines ressources, dont des marchés publics. Elle arrive dans certains cas à agir en toute impunité judiciaire parce qu’elle monnaie son soutien à la classe politique à travers l’influence qu’elle exerce sur la société.

En savoir plus

> Centre Olame

> www.onufemmes.org

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