Le bruit des os qui craquent

« Je veux que mes souvenirs soient utiles… Je veux dire à ceux qui font la guerre que si le fusil tue le corps de celui qui a peur, il tue aussi l’âme de celui qui le porte. »

Une fois de plus, le Théâtre de Poche a entamé une tournée africaine qui l’a amené du Rwanda au Congo via le Burundi avec la pièce « Le bruit des os qui craquent ».

A nouveau, 3TAMIS a accueilli le Théâtre de Poche. Roland Mahauden, directeur du Théâtre, savait qu’il pouvait compter sur le savoir-faire et l’expertise en matière d’organisation de manifestation culturelle de 3TAMIS (accueil, logement, transport, contacts, presse, appui technique et matériel).

Deux présentations ont été faites le vendredi 10 et samedi 11 février 2012 dans la salle de l’Alliance française, devant un grand nombre de spectateurs : « Le bruit des os qui craquent » a suscité une très vive émotion auprès du public.

Le texte évoque l’intégration forcée des filles dans les rangs de milices armées régulières ou non, un thème difficile, rarement abordé que Suzanne Lebeau, l’auteur a développé sur base de témoignages recueillis auprès d’ex-enfants soldats âgés de douze à dix-sept ans ou auprès de diverses ONG.

Après avoir mené des recherches sur la situation des enfants soldats dans le monde, c’est leur parole qui lui a permis la description des « couleurs et des odeurs de leur quotidien », si difficile à appréhender pour ceux qui ne les connaissent pas.

C’est l’histoire de deux très jeunes filles soldats en fuite et celle d’une infirmière qui témoigne. Il met en scène leur fuite éperdue au travers de la forêt équatoriale après avoir été enlevées par un groupe armé rebelle dont le sort qui leur était réservé, fut l’esclavage sexuel avec tout ce que cela implique pour la plupart des victimes, comme violences, grossesse non désirée, sida et autres infections sexuellement transmissibles, destruction psychologique,… (Voir Dossier 3TAMIS – Violences, inter-dit inacceptables)

La  particularité de  cette création est de réunir trois jeunes comédiennes de nationalité différente, la congolaise Olga Tshiuyka-Tshibi, la rwandaise Angel Uwamahoro Kabanguka et la belgo sénégalaise Aïssatou Diop ; Chacune parle dans sa langue et s’entend par des gestes et signes de main. Un panneau de sous titrage en français permet aux spectateurs de suivre.

Elikia, 13 ans-ex fille soldat, est une enfant qui a vu sa vie basculer du jour au lendemain dans une guerre civile. Enlevée lors d’une rafle dans son village, la petite devient enfant soldat. De victime, elle devient  bourreau. Comment grandir et rester humain quand les repères s’effacent ? Deux ans plus tard c’est Josefa, la plus jeune enfant à parvenir au camp des rebelles, qui lui rappelle son enfance, sa famille, son village, son humanité, qui lui donne le courage de briser la chaine de violence dans laquelle elle a été entrainée. Il est l’étincelle qui poussera Elikia à fuir et à les sauver toutes deux de leur destin tragique.

Après le spectacle, les participants ont débattu avec le metteur en scène, Mr. Roland Mahauden sur la possibilité de jouer la pièce devant les autorités politiques congolaises qui ont brillés par leur absence, afin de les interpeller une fois encore s’il le fallait (!), sur leur responsabilité ou complicité dans ce fléau que sont les conflits armés…

Extrait du blog de Colette Braeckman : « Des  histoires pareilles ou comparables, Bukavu en a connu des milliers  et lorsque lui fut balancé en plein visage le récit imaginaire, mais tellement plausible de deux  gamines pareilles à ces petites silhouettes parfois échouées dans la cité, le public a réagi en ordre dispersé. Au premier rang, des garçons ont éclaté d’un rire nerveux et intempestif,  comme pour se distancier de scènes trop interpellantes. D’autres spectateurs ont pleuré, et à la fin ils ont crié « chapeau » ; nul ne s’est inquiété de voir les deux actrices s’exprimer l’une en kinyarwanda, l’autre en lingala (même si le swahili aurait été plus plausible).

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Mathilde Muhindo, du Centre Olame,  qui a accueilli des centaines de victimes de violences, a rappelé qu’en Congo, plus de 120.000 enfants avaient été ainsi recrutés par les groupes armés, devenant enfants soldats, enfants victimes, enfants martyrs… »

Les représentants locaux de la Communauté Wallonie-Bruxelles, les responsables d’ONG, des diplomates, des jeunes élèves et leurs enseignants, des membres de la société civile étaient présents aux représentations où se sont rassemblés  dans la petite salle de l’Alliance française, près de 250 personnes à chaque séance.


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