Vieillesse, notre avenir Nous serons demain ce que sont aujourd’hui les personnes du 3ème âge

Bukavu, février 2007

 

Ce reportage a été repris dans une compilation de films courts métrages Yambi 2007, accompagnée d‘une publication qui rassemble les fiches techniques de ces 21 films. Une carte de visite bien utile pour des cinéastes parfois encore méconnus !

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Notre vie commence par l’enfance qui est caractérisée par la croissance. Et les enfants s’emploient de leur mieux à développer les nouvelles habiletés qui traduisent leur préoccupation de devenir “des grands”.

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Les adolescents aspirent à faire partie du cercle des adultes.
Le temps ne passe pas assez vite à leurs yeux, tellement ils sont pressés d’être considérés. Certains garçons font tout pour se faire pousser des poils de la barbe ! 

Mais lorsque sonne l’heure de la vérité et que l’on doit affronter la réalité de la vieillesse, les attitudes changent. Etre grand, vieux, commence à s’apparenter à l’usure, à l’incapacité d’être utile, aux problèmes de santé physique et mentale, à la difficulté de s’adapter à l’évolution de la vie, à la retraite, à la mort.

La vieillesse est l’âge ultime de l’être humain qui succède à l’âge mûr. Appelée aussi par euphémisme le « troisième âge » et de quatrième âge pour les plus de 80 ans, la vieillesse commence à des âges différents selon les milieux, cinquante cinq pour nos pays en retard de développement, vers soixante ans pour les autres.

Elle correspond à une période de la vie où la plupart des personnes sont retirées de la vie active (retraite ou pension) et se caractérise par l’ensemble des phénomènes d’affaiblissement des fonctions physiologiques liés au vieillissement

Mais en dehors d’éléments physiologiques, la vieillesse est aussi fonction d’une considération psychologique, comme nous l’a confié le Dr Bulabula. Le psychologue MacArthur précise la même pensée quand il affirme : « On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années : on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal.Les années rident la peau ; renoncer à son idéal ride l’âme. Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort. 

Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille. Il demande, comme l’enfant insatiable : Et après ? Il défie les événements et trouve de la joie au jeu de la vie. Vous êtes aussi jeune que votre foi. Aussi vieux que votre doute. Aussi jeune que votre confiance en vous-même.Aussi jeune que l’espoir propre au sens. Aussi vieux que votre abattement. Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptif.Réceptif à ce qui est beau, bon et grand. Réceptif aux messages de la nature, de l’homme et de l’infini. »

Les causes du vieillissement sont multiples : l’usure normale des cellules, les conditions de vie, le rythme du travail, la maladie,…

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La vieillesse est une réalité qui nous concerne tous. Plus on avance en âge, plus elle s’impose à notre conscience malgré le fait qu’on cherche généralement à l’éviter. Notre corps est souvent le premier à nous lancer des signaux ou avertissements qui deviennent de plus en plus insistants au fil des jours. Ensuite, notre communauté de vie nous force à en prendre conscience, et là, la vieillesse devient incontournable.

Pour l’enfant, l’adolescent et le jeune adulte, la vieillesse est comme une réalité étrangère. Même s’ils apprécient souvent le contact avec les vieux, ils les considèrent comme des personnes vivantes mais à qui il manque des aspects importants de la vie. Pour eux, la vieillesse, c’est pour les grands-parents.

Mais, plus les années s’additionnent, plus il devient difficile de ne pas être concerné. On a beau s’occuper à autre chose et s’efforcer de continuer sa vie de la même façon, l’âge est là.

C’est d’abord la force de nos muscles et notre endurance qui déclinent dans des situations de plus en plus nombreuses et nous forcent à nous rendre à l’évidence. La calvitie prend du terrain, les rides et les cheveux blancs se multiplient et nous renvoient une image moins fière. La jeunesse nous quitte. Et progressivement, notre environnement humain nous rappelle l’écoulement du temps. Nos parents meurent, les enfants nous quittent en se mariant, des gens commencent à nous manifester des égards qui nous inquiètent, nous ne pouvons plus travailler aussi durement… Il n’est plus possible de fermer les yeux : la vieillesse nous guette au prochain tournant.

A partir du moment où on en est rattrapé par l’âge, les réactions commencent peu à peu à ressembler à celles de l’enfance.

Pendant une grande partie de notre vie, l’âge correspond à un accroissement de nos capacités. Nos limites physiques, intellectuelles, professionnelles et sociales sont continuellement repoussées pendant une quarantaine d’années.

Mais peu de temps après, c’est le phénomène inverse qui se manifeste. Nos forces commencent lentement à diminuer, nous n’avons plus autant d’endurance et d’énergie qu’auparavant.

Insidieusement, nos limites commencent à se faire sentir plus souvent et à rétrécir nos possibilités. C’est physique, mais c’est aussi mental : notre mémoire n’est plus aussi fiable, notre concentration n’est plus aussi facile à soutenir. Notre endurance diminue dans l’effort intellectuel comme dans l’effort physique. Ces diminutions de performance peuvent facilement avoir un effet considérable sur notre confiance et notre estime de nous- mêmes. C’est alors notre personne qu’on considère comme diminuée.

Et les mêmes réalités nous atteignent au plan professionnel et social. Notre environnement professionnel est de plus en plus occupé par des plus jeunes qui y prennent de plus en plus d’importance et de pouvoir. Déjà inquiétés par nos limites plus contraignantes, nous pouvons facilement nous exclure discrètement des groupes les plus intéressants et les plus dynamiques. L’expérience accumulée ne suffit plus tout à fait à compenser pour les nouveautés que les jeunes apportent avec eux.

En plus de nous forcer à admettre nos limites, le fait de vieillir nous prive de plusieurs plaisirs que nous prenions jusque là pour acquis. C’est le moment de grandes prescriptions médicales de repos, de régime (sans sel, pas de sucre…). Considérée sous cet angle, la vieillesse nous lèse directement dans la qualité de notre vie. Dans la plupart des cas, ces privations se manifestent d’abord physiquement.

Et que dire de la sexualité à cet âge ?

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Pour certains, c’est la fréquence plus grande des malaises et maladies physiques qui constitue la première forme de cette privation ; C’est pour les femmes, la ménopause et pour tous, la maladie d’Alzheimer, un inexorable déclin mental, forme la plus répandue de la démence sénile et la maladie de Parkinson. Tous les groupes sociaux sont concernés, sans distinction de sexe, d’appartenance ethnique ou géographique …

Alors qu’on considérait notre santé et notre bien-être physique comme un état normal auquel les exceptions étaient rares, on découvre peu à peu que les moments où nous en sommes privés sont de plus en plus nombreux. On ne peut se lancer dans des activités nouvelles sans en payer le prix en courbatures pendant plusieurs jours. On ne peut commettre d’imprudences sans se faire mal. Et même lorsqu’on ne fait rien d’inhabituel, on se retrouve souvent avec des douleurs ou des maladies. Le malaise ou la fragilité devient presque l’état le plus normal.

Avec l’affaiblissement qui fait partie du vieillissement, on est menacé par des dangers de plus en plus nombreux. Nos forces diminuées nous permettent moins bien de nous défendre devant les multiples agressions qui font partie de la vie. Nous sommes moins forts devant la maladie, mais également devant les personnes qui veulent nous contraindre à suivre leur volonté.

Et au fond de toutes ces vulnérabilités qui prennent une place croissante dans notre quotidien, on entrevoit à l’horizon la perte d’autonomie. On repousse autant qu’on le peut ces questions désespérantes, mais les événements qui les rappellent à notre attention se font de plus en plus nombreux, de plus en plus fréquents.

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Par ailleurs, l’âge nous invite de diverses façons à faire face à la réalité de la solitude. Mais la plus importante est sans doute le fait que nous perdons beaucoup de personnes sur lesquelles nous avions appris à faire reposer la satisfaction de certains besoins. Que ces personnes nous quittent par choix à cause de circonstances (travail, mariage, divorce, déménagement…) ou par la mort, le résultat demeure le même: nous redevenons responsables de certains de nos besoins.

Enfin, le défi de la mort est aussi celui de la vie. C’est parce que notre vie se termine un jour que les moments qui en font partie sont vraiment importants. Dans une vie éternelle, le présent n’aurait aucune signification spéciale, mais si sa durée est limitée, les instants de notre vie deviennent précieux. Il suffit de se demander ce qu’on ferait si on n’avait qu’une semaine à vivre pour constater la valeur de chaque moment. Fréquemment le décès d’un être cher nous pousse à faire un bilan de notre vie et de la façon dont nous en utilisons les moments. Il arrive souvent que ce soit l’occasion de redéfinir nos priorités d’une façon où le présent prend une meilleure place.

Plus la vieillesse nous atteint, plus notre mort devient une réalité tangible. On ne peut pas aussi facilement l’ignorer ou continuer d’en nier l’importance. Le fait de vieillir est donc une dernière occasion de découvrir combien la vie est précieuse. Et la personne qui accepte ce défi est capable de traiter tous les moments de vie qui lui restent comme des ressources précieuses qu’elle peut exploiter de son mieux. C’est ce qui lui permet de compléter harmonieusement sa vie en mettant l’accent sur les aspects et les expériences qui ont le plus de valeur à ses yeux.

C’est le chemin qui conduit à une mort sereine où on peut partir en ayant la satisfaction d’avoir vraiment vécu. Il est donc important de vivre chacun instant de notre vie en la situant dans cette perspective de la finitude et du déclin et d’aborder le moment venu, notre vieillesse avec courage et responsabilité.

Beaucoup de « vieux » sont dans l’agropastorale, l’artisanat, la pharmacopée ou guérisseurs tradipraticiens. En ville, ils sont sentinelles ou domestiques, d’autres fréquentent les milieux religieux. Malheureusement, on en trouve aussi des désoeuvrés qui ont mal passé le cap de l’âge, soit faute de préparation, soit par la faute de l’Etat qui était responsable de leur retraite, soit par la faute des guerres qui ont vidé les villages où certains possèdent des domaines. Alors ils sont aussi nombreux à quémander en ville, à passer le temps au jeu de sombi…

Plusieurs personnes âgées nous ont édifiés par la manière dont ils assument leur âge. Ces personnes nous ont rappelé qu’on ne vit pas que pour soi-même. Nos parents, nos grands parents ont vécu pour la communauté, ils ont combattu pour les libertés dont nous jouissons aujourd’hui, même si nous nous évertuons à les brader, n’en saisissant pas vraiment le caractère précieux.

C’est le moment pour les jeunes générations de se laisser interpeller par la vie que mènent les personnes âgées autour d’eux. D’autant que dans certaines régions et sociétés, la durée de vie s’allonge considérablement.

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La question devient plus pressante : quel sera la système imaginé par la Société pour accompagner la personne âgée ? Comment garder les acquis de la société africaine, le vivre ensemble sans exclusion d’âge, tout en considérant l’évolution des besoins, soutenir l’idée de rester en famille, créer un système digne d’institution spécialisée, respectueuse de la personne…

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Le vieux Cibasa dans le village de Nyamakana, un coin oublié à l’Est de la RDC, a-t-il raison quand il nous confie : « …vous, les enfants d’aujourd’hui avez très peu de chance de vivre longtemps parce qu’il vous manque l’amour…». Et cet amour c’est beaucoup de chose : amour de la vie, amour du travail, amour du prochain,…

Nous serons demain ce que sont aujourd’hui les personnes du 3ème âge.

Waze watu. Nos Vieux, prenons soins d’eux !

Bukavu 2011. La situation des personnes âgées… Superbes photos et tellement touchantes. Une prise de conscience de l’évolution de la société africaine. Waze watu tente de sensibiliser sur la situation de dénuement, surtout d’abandon de ceux et celles qui furent en leur temps, des jeunes et nos parents… Le BDOM Bukavu, la Ville de Bruxelles, les Amis de Stavelot, les Voyages solidaires soutiennent la plate-forme Waze ASBL qui a tenu son assemblée générale en mars 2011, au centre Bandari.


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