Festival d'amani 2015

« Amani », une paix pour tous ?

Du 13 au 15 février dernier se tenait à Goma, le Festival Amani.

Le son des tambours et des guitares plus fort que celui de la guerre

Le temps d’un week-end, le son des tambours et des guitares a étouffé le bruit omniprésent dans la ville, des avions et des hélicoptères de la MONUSCO. Au programme, des artistes locaux étaient présents aux côtés des figures régionales et internationales de la musique. La mobilisation des fonds et des ressources est reconnue à Éric de Lamotte, promoteur du Festival, assisté par une équipe de Congolais dirigée par Guillaume Bisimwa, directeur du Festival.

Principale tête d’affiche du Festival, Tiken Jah Fakoly est convaincu du potentiel de la musique à éveiller les consciences : « Si les artistes, leaders d’opinion, parlent de paix, cela peut amener beaucoup de personnes à réfléchir et à se rapprocher ». Originaire de la Côte d’Ivoire, le patron du reggae est venu défendre « Dernier Appel », un album qui diffuse un message d’unité et invite les Africains à regarder dans la même direction pour qu’« ensemble, on fasse avancer les choses ».

Dès l’ouverture, l’hymne du Festival se répand sur tout le site du collège Mwanga accueillant l’événement et donne le ton : « Mutuache Na Amani » !

Dans une région dévastée par des guerres à répétition, la tenue d’un tel événement prend tout son sens. Pour le chanteur congolais Bill Clinton, personnalité la plus attendue par les festivaliers, « la musique est la première arme pour la paix ». Durant trois jours, à Goma, ce sont de véritables « soldats de la paix » qui vont défiler sur les deux scènes de la plaine pour combattre ensemble une situation intolérable.

À l’interview, Naasson Kubuya Ndoole, maire de Goma, s’exprime : « La musique peut transformer le monde. À partir de Goma, un vent va souffler et va atteindre toute la région des Grands Lacs pour que les gens vivent dans la paix ». Ancien musicien à succès, le politicien a conscience du pouvoir d’influence dont jouissent les artistes au sein de la société congolaise puisque lui-même était parvenu à se faire élire grâce à sa popularité gagnée dans l’espace culturel.

Sousette Shagasha de Bukavu

Festival d'amani 2015

Festival d’amani 2015

Sousette Shagasha, artiste Bukavienne, a représenté le Sud-Kivu dans un numéro de danse traditionnelle. Auteure d’une prestation largement applaudie par le public, la jeune femme se confie en salle de presse : « Je suis touchée de représenter ma province ». Au terme d’un spectacle plein de fraîcheur et d’énergie, parsemé de séquences théâtrales riches en significations, elle adresse un message de tolérance : « L’art rapproche. C’est un moyen de communication facile : sur scène, vous êtes des amis, des frères. Chacun a sa façon de vivre et il faut s’accepter malgré les cultures, les mentalités différentes ».

Les femmes doivent aussi contribuer à l’évolution du pays 

À la question de connaître la place de la femme dans ce combat pour la paix, Sousette répond sans hésiter : « Les femmes doivent aussi contribuer à l’évolution du pays ». Au sein d’une société dans laquelle le rôle de la femme ne prend que très rarement de l’importance dans les sphères politique, économique et judiciaire, les femmes « avec toutes leurs qualités ont la capacité d’amener la paix ». Jocelyne Nafranka, musicienne présente sur scène aux côtés de Sousette, conclut l’entretien. D’après l’experte tambourinaire, le pouvoir de la scène à « changer les comportements dans la société » ne fait aucun doute.

Avec une couverture médiatique assurée par TV5-Monde, France 24, Rfi et d’autres radios et télévisions, l’objectif d’attirer l’attention internationale sur la région a été assurément atteint ; celui de rassembler les peuples par la culture, par contre, n’a pas été pleinement rempli.

Un festival pour tous ?

L’organisation se félicite d’un prix d’entrée d’un dollar par journée, un tarif a priori accessible à tous. Pourtant, au micro de 3TAMIS, un festivalier regrette que l’entrée à l’événement soit payante : « ici, certains vivent avec moins d’un dollar par jour ». Or si l’on veut créer un cadre de rencontres, « il faut faire tomber les barrières ».

Son ami ajoute : « tout le monde doit participer à la fortification de la paix » et dénonce une certaine discrimination dans l’accès à un événement concernant pourtant l’ensemble de la population. Djibril, directeur des études au collège Mwanga de Goma, salue l’initiative, mais constate que de nombreux enfants aux bords des routes aimeraient participer. Il demande aux organisateurs de permettre aux plus démunis un accès gratuit au festival.

« La musique est universelle », lance le Malien Habib Koite accueilli par la presse à son arrivée en territoire congolais. « Elle adoucit les mœurs. C’est une réalité », ajoute-t-il. Venant tout droit d’un pays en proie à de graves violences intercommunautaires, l’artiste conclut : « la musique est le tremplin universel pour amener les gens de différentes cultures, de différentes religions à se retrouver pour échanger ».

Comme lors des Festivals de Bukavu, là aussi les gens ont des rêves…

Depuis 2005, 3TAMIS avait choisi de faire participer des communautés aux loisirs éducatifs par la vidéo participative étant donné que cela cadre avec son objectif d’éducation citoyenne permanente. Celle-ci passe par la valorisation des artistes locaux véhiculant des messages de paix et de concorde ainsi que ceux de la reconstruction démocratique et économique.

Les rendez-vous de partage des valeurs culturelles dans la région des Grands Lacs africains ont été et restent encore la préoccupation essentielle du FestBuk à travers son histoire afin de mettre à la disposition de tous les habitants de la région des spectacles de qualité et en sortir avec des messages de paix. Toutes les disciplines artistiques et tous les opérateurs locaux y concourent. L’art et la culture sont universels et sans frontières.

Ainsi, si « la musique est universelle », souhaitons que la prochaine édition du Festival Amani puisse se féliciter d’une plus forte participation de la population locale. Car loin des images souvent véhiculées par les médias internationaux, Goma n’est pas une ville fantôme. Là aussi, les gens ont des rêves.

Gérôme ARNOLD et Franck MWEZE

 


'« Amani », une paix pour tous ?' has no comments

Be the first to comment this post!

Would you like to share your thoughts?

Your email address will not be published.

L'utilisation totale ou partielle de n'importe quel contenu de ce site est soumise à la condition de référencer celui-ci correctement. L'utilisation commerciale est proscrite sauf autorisation explicite. Copyright 3TAMIS

Aller à la barre d’outils