Mars 2015: les femmes réclament l’autonomie

Le stade de Kadutu a accueilli des femmes venues de partout le samedi 7 mars 2015 pour commémorer la journée internationale de la femme célébrée le 8 mars de chaque année.

Comme cette date tombe un dimanche pour cette année, les femmes ont jugé bon d’avancer la date et de se regrouper au stade de la Concorde dans la commune de Kadutu et ont profité de cette occasion pour déposer leur mémorandum au gouverneur du Sud-Kivu. Elles ont étalé les défis qui limitent leur autonomisation et leur participation politique :

« la discrimination de la femme quant à l’accès au poste de responsabilité : sur 56 chefs de division 3 seulement sont des femmes ; appartenance de plusieurs femmes dans la catégorie des agents appelés nouvelles unités ne bénéficiant pas de salaire et autres avantages sociaux ; existence du phénomène appelé : promotion sexuellement transmissible dans l’administration aussi publique que privée ; envoi des femmes à la retraite trop tôt ; dans les écoles secondaires et universitaires, existence des points sexuellement transmissibles, scolarisations discriminatoires des filles enceintes et filles-mères, faible scolarisation de la jeune fille qui freine son autonomisation ; dans les familles, accède sans contrôle aux richesses pourtant constituant le pilier de notre économie, la stigmatisation des femmes vivant avec handicap ; dans la sécurité : faible représentativité des femmes dans les services de sécurité et non-avancement en grade de rares femmes qui s’y trouvent, persistance de l’insécurité causée par les hommes en armes et autres inciviques dont les conséquences affectent la femme et la jeune fille…. »

Plusieurs organisations ont envoyé des femmes pour les représenter. Les calicots, banderoles et pancartes ont été exhibées et sur lesquels on pouvait lire : « Autonomisation et participation politique de la femme congolaise ».

Ce dimanche 8 mars 2015, à Miti, distante de 35 km de Bukavu, dans le territoire de Kabare, 3TAMIS a regroupé la population autour d’une projection publique où les femmes ont pris la parole et se sont exprimées au sujet de leurs conditions de vie et des prochaines élections. Après une période de silence, le mois de la femme réveille les projections publiques, l’une des activités phares organisées par 3TAMIS, pour permettre à la population sans télévision ou ordinateur d’accéder à l’information par l’image.

Pour inciter la population à s’exprimer, le documentaire « Voter utile » a été suivi par la population sur écran géant et grâce à une sonorisation de qualité qui forçait les vendeurs, les passants, les femmes et même les jeunes à rester sur la place, car la curiosité devenait de plus en plus grande au fur et à mesure de l’après-midi. Environ 500 personnes ont suivi le film. Après celui-ci est venue une étape importante où les femmes ont pris la parole. Les unes posant des questions et d’autres répondaient. Un débat participatif où chaque participant avait l’occasion de s’exprimer et de partager une information. Les hommes qui, au début, pensaient que l’activité était réservée aux femmes ont fini par comprendre que le débat était ouvert à tout le monde. Ainsi, eux aussi ont participé, apportant leur apport sous la modération de l’équipe de 3TAMIS.

Le 18 mars 2015, dans la grande salle de la commune de Bagira, le consortium regroupant l’Association des Femmes de Médias (AFEM), Caucus des femmes du Sud-Kivu, Rebuild Hope for Africa (RHA) et 3TAMIS avec le soutien de Oxfam Novib, a organisé le lancement officiel du feuilleton « Ni Wakati » (« c’est le moment »). Ce feuilleton a été conçu avec l’objectif de sensibiliser la population congolaise à comprendre qu’il est temps que les femmes et les jeunes participent aux processus de prise de décisions. Ces deux catégories sociales ayant été considérées pendant longtemps comme ne pouvant intervenir dans les espaces où se prennent les grandes décisions, surtout celles qui concernent la gestion de la chose publique. Ce feuilleton veut instruire au moyen de divertissement. Plusieurs aspects sont abordés : le drame, la comédie, la politique, la femme et la jeunesse. Salama, enseignante, postule à la députation provinciale à Yakuba. Au début, elle fait face à d’énormes difficultés, car la société dans laquelle elle vit ne parvient pas à comprendre comment une femme peut convoiter ce poste. Son mari, au départ hésitant, finira par la soutenir ainsi que d’autres membres de son parti. Celle-ci va gagner les élections et par la suite va devenir gouverneure de Yakuba !

NIWAKATI de 3TAMIS ASBL sur Vimeo.

Les journées du 20 et du 21 mars ont été ponctuées par plusieurs activités menées par la Concertation des Collectifs des Associations Féminines de la région des Grands Lacs. La COCAFEM-GL est un réseau d’organisations de la société civile œuvrant au Burundi, en RD Congo et au Rwanda depuis quinze ans. Sa mission est de contribuer à la promotion de la culture de la paix, de la non-violence, de l’égalité des droits entre hommes et femmes, de la bonne gouvernance et du respect des droits humains, particulièrement pour les femmes et les enfants. Ces femmes ont l’habitude de se rencontrer d’une manière rotative dans l’un des pays pour célébrer la journée de la femme. C’est dans ce cadre que la RD Congo les accueille cette année. De nombreuses délégations venues de partout séjournent à Bukavu.

Avant de participer à la conférence qui s’est tenue dans la grande salle du collège Alfajiri le 20 mars 2015, ces femmes venues de différents endroits ont organisé une descente à l’hôpital de Panzi où elles ont échangé avec le personnel de cet hôpital sur les conditions de la femme. Elles ont profité de la même occasion pour visiter les femmes victimes des violences sexuelles qui reçoivent les soins curatifs chez le docteur Denis Mukwege.

Le samedi 21 mars, au stade de la Concorde dans la commune de Kadutu, toutes les associations féminines ont marqué leur présence pour célébrer cette journée. Plusieurs activités au rendez-vous : discours, danses, exposition des produits des activités de la femme.

« Ces célébrations sont pour nous femmes de la région des Grands Lacs réunies dans le cadre de la COCAFEM-GL une occasion de nous rencontrer, d’échanger, de partager nos expériences, les bonnes pratiques et s’il y a des défis, proposer des stratégies pour y faire face. Le problème relatif aux violences sexuelles basées sur le genre constitue un défi en cela qu’il constitue une limite sérieuse à la contribution des femmes au développement économique et social empêchant ainsi l’atteinte des objectifs nationaux et régionaux de développement »

 comme on pouvait l’entendre dans le discours de la présidente de la concertation !

« Le temps de parler est résolu, c’est le moment de passer à l’action », déclare Jacquie Ngengele, chef de division provinciale du genre. « Nous devons passer aux actions qui doivent nous libérer. Notre liberté signifie nous aider à avoir nos moyens, nous femmes. Moyens pouvant nous permettre de mener des activités concrètes en faveur de la femme elle-même, en faveur de sa famille, en faveur de toute la communauté, en faveur de son pays. Là nous saurons que nous avons le pouvoir économique, et quand nous avons notre pouvoir économique nous saurons aussi, au même pied d’égalité que nos partenaires hommes, être sur la même compétitivité sur tous les plans. Dans nos trois pays, nous sommes dans une période qui prépare les élections. Nous serons aussi fortes de la même manière que nos partenaires hommes afin de nous préparer aux élections et de les gagner sans difficulté »,

conclut-elle.

Revocatus Namegabe


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