ESPACE CULTUREL KWETU ARTS A BUKAVU,

Nouveau Centre culturel congolais en installation

La persévérance et la détermination au sein des mouvements associatifs du Sud-Kivu finissent par aboutir à des résultats. Qui aurait cru que les artistes de Bukavu pourraient décrocher du Gouvernement provincial actuel l’obtention d’un espace pour le premier Centre Culturel Congolais issu d’un partenariat public-privé ? Le Centre culturel « Espace Culturel Kwetu Arts » ECKA- s’installe en effet à Bukavu dès ce mois de septembre 2020, grâce à l’appui financier de la Direction de Développement  et Coopération  de la Suisse par son bureau de BUKAVU en République Démocratique du Congo.

Contexte historique

Comptant plus d’un million d’habitants, Bukavu est le chef-lieu du Sud-Kivu, province à l’est de la République Démocratique du Congo une ville culturellement riche située à l’Est de la République Démocratique du Congo. Sa diversité ethnique fait de lui un cadre idéal pour les événements culturels. Dans les années 80, les gens pouvaient encore assister aux multiples représentations culturelles (théâtre, récital de poèmes, concert acoustique, projection de cinéma…) dans les différentes salles de spectacle qui existaient jadis dans presque toutes les communes de la ville. 

En ce temps-là, le gouvernement congolais, l’Eglise catholique et certains opérateurs culturels ainsi que la coopération culturelle rattachée aux ambassades accréditées au pays s’intéressaient à la promotion culturelle. A Bukavu, la présence du Centre Culturel Français et le Corps de la Paix des Etats-Unis étaient remarquables aux côtés des artistes et de la connaissance culturelle de la région.

Infrastructures arrachées aux jeunes

La population africaine étant majoritairement jeune, les premiers bénéficiaires des actions culturelles et artistiques sont du coup, les jeunes. Ce qui ne dit pas que les personnes aînées ne sont pas concernées, car la mémoire et la tradition leur reviennent de plein droit.

Au fil des temps, avec toutes les turpitudes politiques et diplomatiques entre le président Mobutu et les coopérations internationales établies au Zaïre, aux années 80- 90, la coopération bilatérale avait été rompue. Du jour au lendemain, le secteur culturel s’est vu réduit à la seule discipline de musique. Cependant, quelques artistes zélés ont poursuivi dans leurs domaines en essayant de voir comment en tirer des dividendes pour leur survie.

Sur le territoire national, les infrastructures existantes se sont vues, soit reconverties en salles du parti unique (MPR de l’époque), soit vendues et transformées en Eglises, soit carrément transformée en magasins. Ceci explique pourquoi les talents artistiques naissants sont frustrés en dépit des efforts de s’organiser en associations ou en entreprises en vue de vivre de leur métier comme professionnels.

Dans la ville de Bukavu, les deux salles polyvalentes actuellement fréquentées par les artistes ne leur offrent pas la facilité d’accès en dépit des efforts de restructuration de certaines disciplines d’art.

L’Institut Français n’a qu’une petite salle de 100 personnes maximum pour ses propres activités. La sollicitation des artistes non dépendants de ses programmes devient un problème compte tenu du cout d’accès et des différents autres usages .

D’autre part, le collège Alfajiri des missionnaires Jésuites possède la plus grande salle de la ville mais avec une restriction d’accès à deux niveaux : non seulement, son loyer est extrêmement cher, mais aussi, en cours de l’année, ils n’accordent l’accès que sur exceptions déterminées par eux. Le risque de censure lié aux considérations éthiques et religieuses est également permanent.

Néanmoins, en 2005, grâce à l’association 3TAMIS et ses partenaires belges (Théâtre de Poche), les premiers pas du théâtre de sensibilisation sur la thématique des enfants soldats et enfants dits sorciers démarrent. Le cinéma numérique ambulant reprend du terrain sur les places communales et dans les territoires ruraux sous le label du Festival de Bukavu.

En 2007, grâce au groupe des jeunes BK Flavour, la musique rejoint le théâtre et le cinéma pour corser davantage le Festival de Bukavu – FESTBUK. Au cours de cette même année, la demande d’un espace culturel de Bukavu est formulée au gouvernement provincial du Sud-Kivu parce que Wallonie-Bruxelles voulait accordrer un appui en infrastructure culturelle dans le cadre de Yambi 2007 (rencontres culturelles entre la RDC et la Belgique). 

Les dirigeants successifs n’ont pas prêté bonne oreille à la demande. Et le financement avait été accordé dans d’autres villes. 

Dès lors, l’assiduité de la création artistique de Bukavu a surpris le pays et le monde. Dans les cinq dernières années, le Festival de Bukavu a été enrichi par d’autres événements importants, entre autres le festival d’humour « Zéro Polemik », la Foire Internationale de l’art, le Festival de la danse, le Festival du Rap, le Festival des tambours, le requiem pour la paix, etc. L’année est désormais bien meublée.

Lueur d’espoir culturel à Bukavu

En 2019, comme par enchantement, les membres de cette plateforme en quête de l’espace, ont rencontré la Ministre ayant en charge la culture pour soumettre le même problème. Ils en ont aussi parlé au chef de la Coopération suisse en fonction, Monsieur Jean-Luc Virchaux. Déjà celui-ci soutenait de manière ponctuelle quelques initiatives culturelles.

C’est tombé dans une bonne oreille. Il a encouragé l’initiative et a même invité Madame la Ministre à s’y impliquer vivement.  Elle a marqué son avis favorable et c’est ce qui amène à la formulation du présent projet qui va servir plus de 500 jeunes artistes répertoriés.

Sur le plan financier, les groupes culturels pour la plupart se sont effondrés faute d`un encadrement adéquat et des subsides de l`Etat. Les spectacles ne rapportent pas grand-chose aux artistes, toutes tendances confondues. Des ONG locales et internationales qui appuient le développement essayent de trouver une brèche dans le secteur culturel car ils ont compris que la culture est un levier de développement. Malheureusement elles ne sont pas nombreuses et n’allouent jusque-là pas un appui qui rassure tout le secteur et toucher tous les artistes.

Sur le plan social, les approches de développement durable qui ont réussi, ont toujours intégré les activités culturelles dans le processus de l’amélioration du cadre de vie de la société. Au-delà de ce constat, la population qui vient d’une longue période de conflits et de méfiances entre communautés a beaucoup plus besoin d’un socle culturel fort et localisé géographiquement afin d’y produire la panoplie culturelle que regorge l’entité sans discrimination.

La ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu est, à coup sûr, une opportunité d’essai de stabilité culturelle à implanter sur le territoire congolais pour que tourne autour de celle-ci la riche diversité d’actions de développement. La cohésion sociale tant recherchée ainsi que l’implication de la jeunesse constituent la toile de fond devant laquelle les activités culturelles sont référées dans l’Espace Culturel Kwetu Arts. Les artistes sont ainsi stimulés à une création intense en vue de mettre leurs talents au service de l’éducation au développement de la société et déboucher sur des métiers rémunérateurs de leurs domaines.

Ainsi, le Sud-Kivu, à l’est de la RD Congo va se muer en un havre de destination touristique étant donné que la riche biodiversité se côtoie avec la diversité culturelle. Les artistes et les opérateurs touristiques sont déjà engagés sur cette voie. Il ne reste plus qu’à formaliser et améliorer leur implication dans l’amélioration de l’image du Kivu, longtemps perçu comme champ de guerres, viols et violences.

Identité et vision des parties prenantes au départ

La vision d’ECKA, Espace Culturel Kwetu Arts est de créer un espace culturel congolais indépendant et fédérateur d’artistes et d’organisations culturelles et artistiques pour une production de qualité, rayonnant à l’échelle provinciale, nationale, et internationale, à travers une promotion régulière des artistes et des métiers de Bukavu et ses environs.

Le  24 mai 2019,  sept associations apolitiques et non confessionnelles ont formalisé leur engagement y relatif en se mettant en ordre vis-à-vis des exigences de la loi congolaise en la matière. Il s’agit de :

  1. UWEZO AFRIKA INITIATIVE, une organisation de droit congolais œuvrant pour l’amélioration de l’accès et le contrôle par les femmes et les jeunes des nouvelles technologies de l’information et de la communication et aussi pour l’amélioration des rôles sociaux et des statuts économiques des jeunes et des femmes à travers quatre domaines principaux dont la santé, les nouvelles technologies, l’éducation et l’entreprenariat. Elle est représentée par DOUCE NAMWEZI N’IBAMBA, directrice.
  • PRODAFRICA PLUS, une organisation de droit congolais œuvrant pour la promotion du secteur artistique et culturelle et l’amélioration des conditions de travail des artistes à travers la production des activités culturelles, l’apprentissage des métiers liés à la culture, l’éducation au travers des cours d’art ainsi que la détection et la promotion de nouveaux talents. Son représentant est Yannick MATITA.
  • 3TAMIS : ASBL de droit congolais avec personnalité juridique nationale, Elle utilise les nouvelles technologies, les moyens audiovisuels, la culture et les arts pour l’éducation citoyenne et la paix. Pour valoriser les initiatives culturelles et économiques des jeunes, elle organise depuis 2005, un Festival pluridisciplinaire dénommé Festival de Bukavu. Son représentant est FRANCK MWEZE, Coordinateur.
  • SIGHTED DESIGN : une organisation de production des supports de communication visuelle et de promotion évènementielle à travers les nouvelles technologies et l’art par les jeunes et pour les jeunes. Elle est représentée FRANCIS MWEZE, directeur.
  • BUKAVU COMEDIE CLUB : une organisation qui se meut dans l’encadrement de jeunes humoristes, en offrant des espaces de répétition et de partage autour de l’humour pour une orientation dans une approche d’éducation par le divertissement. Elle est représentée par JUWE KAZIME JOYEUX (bin Kabodjo), Directeur.
  • LA MOSAÏQUE asbl, organisation culturelle de Droit congolais basée à Bukavu (SUD-KIVU) et réunissant une élite intellectuelle jeune autour de la création artistique. Spécialisé dans l’exploration, la formation et la présentation de la richesse culturelle, humaine et artistique de la région. Elle est  représentée par son Directeur artistique, IRENGE PATRICK ZEZE.
  • L’ETAT CONGOLAIS à travers le Ministère de la Culture et celui de l’Enseignement au niveau provincial et national. Ce partenariat facilitera l’assurance d’un travail stable sur un site officiel dédié à la jeunesse. Bien plus, il allègera les taxes et est invité à l’entrée exonérée des équipements autant que faire se peut.

Implantation du Centre  ECKA

L’espace culturel Kwetu Art qui gère l’action culturelle de la ville devra être positionné à Bagira mais pour commencer les institutions seront établies dans l’enceinte de KARIBU CAFE pour deux ans. Ce resto bar est situé sur avenue Pangi à Muhumba, en face des résidences et bureaux de l’Eglise anglicane, derrière la Paroisse Saint-Pierre Claver  de Nguba. Il est prévu que dans huit mois, le temps nécessaire pour réhabiliter progressivement l’espace à Bagira, une implantation dans son lieu définitif de fonctionnement.  .

Dès ce mois de septembre 2020, les aménagements seront terminés et la deuxième semaine va connaitre l’ouverture officielle du Centre tant attendu par les artistes et le public.

Nécessité d’un soutien technique et  financier

Comme on vient de le constater, ce centre vient d’une longue bonne vononcés depuis quinze ans et aujourd’hui, la Coopération Suisse se lance juste pour un coup de pouce. Le centre est identifié et avec pignon sur rue ainsi que ses activités et les acteurs actuels et futurs.

Toutes les parties prenantes à ce projet sont invitées et engagées à mobiliser leurs partenaires autour des programmes existants en vue de mettre en route une véritable synergie culturelle à Bukavu. Désormais, les plateformes culturelles de la RDC, celles de la région des Grands-Lacs, de l’Afrique et du monde ont un point d’arrimage pour toute activité artistique et culturelle.

3TAMIS se trouve le plus heureux d’un tel aboutissement lui permettant de léguer une responsabilité aux jeunes et continuer ses différentes activités à leur côté au sein de ce Centre. Il s’engage à l’accompagnement technique, l’équipement  et à la réhabilitation progressive selon qu’il trouvera des possibilités dans ses relations.

C’est l’heure de voir plus grand avec Wallonie-Bruxelles International, Africalia Belgium, l’Union Européenne, l’UNESCO, l’Organisation Internationale de la Francophonie, les coopérations internationales, le Gouvernement Congolais, etc.

@Franck Mweze

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