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CORONAVIRUS : l’humour au service de la prévention

CoVigilance-19, l’humour pour se prémunir du coronavirus! Article issue de https://www.solidarum.org/sante/covigilance-19-l-humour-pour-se-premunir-du-coronavirus tous droits réservés MOÏSE MAKANGARA

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Un pas de deux entre jeunes comédiens lors d’un tournage de l’un des épisodes de la série de vidéos CoVigilance-19, le 1er septembre 2020 dans la ville de Bukavu en République Démocratique du Congo. ©© Bukavu Explorer

À l’est de l’immense République Démocratique du Congo, de jeunes vidéastes et humoristes se mobilisent bénévolement pour diffuser des messages de sensibilisation aux dangers du coronavirus, notamment en démasquant les mauvaises prédications et fausses informations.

« C’est l’appât savoureux qui fait périr le poisson », dit-on chez les Bashis, une tribu située à l’Est de la République Démocratique du Congo. Francis Mweze et Joyeux Bin Kabodjo, respectivement réalisateur et comédien, tous deux vivant à Bukavu, la ville située en bordure du Rwanda, l’ont très vite compris. Grâce au concept CoVigilance-19, ils appliquent l’adage dans la lutte contre la Covid-19 en impliquant de jeunes humoristes dans la production des courtes vidéos savoureuses grâce auxquelles des messages de sensibilisation sont diffusées sur les réseaux sociaux. Leur objectif ? Sauver des vies en divertissant le public.

Démonter les clichés pour démontrer les dangers

Chaque semaine, une vidéo de moins de trois minutes permet de passer un message spécifique de sensibilisation. À l’image de celle où un faux prophète recommande à une femme d’utiliser du gingembre et de l’argile pour soigner son fils atteint du Covid-19. Suivra la mort du fils.

Dans une autre, une femme influencée par les fausses informations jette son masque avant d’entrer à l’église, estimant que le virus ne peut pas pénétrer l’église. Elle y trouve un pasteur qui lui donne la bonne information et lui recommande de se protéger.

De la lutte contre les fausses informations ou l’automédication au port obligatoire des masques en passant par la sensibilisation au lavage régulier des mains et au respect de la distanciation sociale, les thèmes abordés dans Covigilance-19 sont choisis en fonction des difficultés que rencontrent les communautés locales dans la lutte contre le Covid-19. « Il peut arriver qu’un fait de société comme la propagation des fausses informations nous intéresse en cette période. Si nous estimons que ce fait peut avoir des conséquences fâcheuses sur la communauté, nous concevons une vidéo pour faire en sorte que cela ne se répète plus », confie Joyeux Bin Kabodjo.

S’ils ne bénéficient d’aucun accompagnement des autorités locales, ces artistes sont néanmoins soutenus par certaines structures médicales privées de la ville. « Nous leur avons apportés une aide technique en les dotant des connaissances utiles à la lutte contre le coronavirus. Nous leurs avons appris toutes les mesures barrières. Nous leur avons apporté un appui matériel en leur permettant d’utiliser nos infrastructures et nos tenues afin que le message puisse être bien assimilé par la population », insiste Patient Kajibwami, médecin directeur d’un centre hospitalier qui a soutenu le projet. Un soutien qui a permis de sauver des milliers de vies. « C’est grâce à ces artistes que le message de sensibilisation a été bien compris par la population. C’est grâce à eux que nous avons limité la propagation des fausses informations. Sans leur implication, nous aurions peut-être compté plusieurs milliers de morts », estime Patient Kajibwami, qui a porté cet été sur la place publique de Bukavu le débat sur des traitements traditionnels, pouvant s’avérer très dangereux lorsqu’ils sont appliqués à des personnes malades du Covid-19.

Des messages adaptés aux réalités locales 

En mars 2020, la République Démocratique du Congo enregistre son premier cas de covid-19. L’Organisation Mondiale de la Santé recommande alors de se laver régulièrement les mains en utilisant le gel hydroalcoolique ou le savon. Une mesure vouée à l’échec dans un pays où la population vit avec moins de deux dollars américains par jour. « Ce n’est pas tout le monde qui peut se taper le luxe d’utiliser le gel hydroalcoolique ou le savon ici. Dans un épisode, nous montrons que la cendre peut également être utilisée pour se laver les mains lorsqu’on n’a pas de savon », explique le réalisateur de CoVigilance-19.

C’est au printemps 2020, en pleine crise sanitaire, que Francis Mweze a décidé de contacter Joyeux Bin Kabodjo, initiateur du Bukavu Comedy Club, une association qui accompagne des jeunes comédiens. Il lui expose l’idée. Très vite, les comédiens sont convaincus de prendre part au projet et l’écriture des scenarios est lancée. Débute ainsi CoVigilance-19, avec le soutien de Bukavu Explorer, un groupe des jeunes photographes et vidéastes de Bukavu. Inspirés de faits réels, les messages passés dans CoVigilance-19 sont tirés du vécu quotidien des communautés locales, ce qui leur donne toute leur portée. Déjà douze vidéos à début septembre sur vingt-quatre prévues, plus de 11 000 vues sur les réseaux sociaux, plus de dix jeunes comédiens mis sous le feu des projecteurs… En seulement deux mois, CoVigilance-19 a déjoué tous les pronostics dans une ville où l’Internet est encore un luxe.

Réveiller le comédien qui sommeille en certains jeunes

Les comédiens ont joué bénévolement dans ces films courts. Certains s’y sont même révélés. « Je suis désormais en mesure de condenser des idées et faire passer un message clair dans une scénette d’une ou deux minutes », se réjouit ParDieu M’Sosi, jeune humoriste qui est intervenu dans deux épisodes. « CoVigilance était ma première expérience en tant que comédienne. Grâce à ce projet, j’ai appris qu’il ne faut jamais se sous-estimer », confie Aline Mihigo, une comédienne. Hésitante au début du projet, Aline a finalement tourné dans CoVigilance-19. Une expérience réussie au regard de sa prestation dans les épisodes où elle est intervenue. « C’était juste une expérience que je voulais tenter. Je ne pensais pas que je pouvais m’en sortir. J’ai rencontré des personnes qui m’ont vraiment motivée. Je me suis dit qu’il fallait que je continue », se souvient-elle.

Mission accomplie pour Francis Mweze, jeune réalisateur qui à travers ce projet visant à éveiller la conscience collective voulait réveiller le comédien qui sommeille en certains jeunes. « Nous avons voulu booster la carrière de certains artistes et montrer qu’on pouvait, par exemple, être diplômé en sciences économiques et être humoriste à la fois », dit-il. Son seul regret ? Le prix élevé de la connexion Internet au Congo. « Certaines personnes ne nous suivent pas par manque de forfait. » Un obstacle que Francis Mweze compte contourner en impliquant les chaînes de télévision locales dans la diffusion des vidéos. Grâce à ce partenariat, CoVigilance-19 pourra atteindre tous ceux qui n’arrivent pas à suivre le feuilleton sur les réseaux sociaux.covigilance_2_bd_.jpg

1er septembre 2020. En tournage, une autre vision du drôle de pas de danse des trois comédiens de l’une des vidéos de la série CoVigilance-19, avec en jaune Dareel Longundu et, avec la casquette blanche, Alvin Gallagher. ©© Bukavu Explorer

Un message et une méthode qui essaiment

Au-delà des contributions de certains artistes, le projet bénéficie d’un soutien financier de la Coopération Suisse (l’agence helvétique qui appuie des projets de développement) et 3Tamis (une association qui se sert de la culture pour promouvoir l’éducation). « Je ne saurais pas dire combien nous coûte ce projet car il y a des apports que nous ne savons pas estimer financièrement comme les contributions en nature de certains d’entre nous », reprend Joyeux Bin Kabodjo. Traduction simultanée : l’essentiel de l’opération repose sur le temps donné sans compter.

« Au travers de CoVigilance-19, j’ai appris que cette maladie était vraiment dangereuse et qu’elle pouvait tuer. Aussi, j’ai appris qu’il fallait respecter les mesures barrières pour pouvoir faire face à cette pandémie. », témoigne Divine Baliwa, une étudiante qui a suivi quelques-uns des épisodes que compte ce projet. Le message est passé, et la méthode pourrait bien essaimer. Un tel outil de sensibilisation pourrait bien être utilisé pour lutter contre d’autres épidémies comme Ebola ou la rougeole, qui sévissent en RDC.BÉNÉVOLESCAPACITATIONCRISE SANITAIREINTÉRET GÉNÉRALÉPIDÉMIESEXPÉRIMENTATIONMÉDIASNUMÉRIQUEPÉDAGOGIESOUTIEN CITOYEN


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