.... Aussi, la trentaine d’années de dictature entretenue par des forces politiques et économiques, avait-t-elle déjà contribué à la fragilisation de la société congolaise dans tous les domaines. Les valeurs positives (de travail, de service public, d’amour de la patrie,…) se noyaient avec l’accroissement de la pauvreté d’un grand nombre de citoyens et l’insuffisance d’éducation civique. Cela laisse douter sur le caractère démocratique des régimes en place car ils n’améliorent pas les conditions d’existence des populations.
L’instabilité en République Démocratique du Congo repose sur la stratégie de priver le pays de dirigeants responsables. A son avènement au pouvoir, tout Président ou Premier Ministre congolais est placé devant un choix, celui de servir les intérêts des puissances impérialistes d’un côté et celui de servir son peuple, de l’autre côté. Ceux qui ont privilégié l’intérêt du peuple ont été assassinés. Et ceux-là qui ont bafoué les intérêts du peuple sont devenus des dictateurs et ont mal fini.
L’assassinat de ces leaders politiques, déclarés par la suite héros nationaux, a laissé chaque fois derrière eux, dans le chef des masses populaires, le goût d’un bien-être raté.
Dans ce contexte, les violations des droits humains deviennent le lot quotidien et une partie de la population se sent interpellée et s’engage dans l’action pour la promotion et la protection des droits humains...
Quand, suite aux déplacements forcés et à l’occupation de leur terroir par les forces étrangères, les populations congolaises ont compris que leur terre nourricière était en train de leur être arrachée, elles se sont mobilisées pour barrer la route et réduire l’expansion de l’occupation, dénoncer le complot et la trahison. Les femmes, contrairement à leur désintérêt habituel à la chose publique, ne sont pas restées inactives. Aux côtés des organisations des droits de l’homme, les organisations féminines se créent et s’investissent dans la défense des droits humains.
De notre côté, nous avons voulu confronter les détenteurs du pouvoir de fait et celui international avec le triste constat de violation du droit international humanitaire et de la charte internationale des droits de l’homme.
La défense des droits humains est notre point d’entrée dans le combat pour le développement de notre société et il s’agit avant tout du droit d’avoir un pays où il fait beau vivre et où les citoyens jouissent des droits, accèdent équitablement aux ressources et les contrôlent. Ceci étant un droit pour tout peuple et partout, le Congolais aussi devra en jouir.
Pour nous, femmes, il a été essentiel pour notre survie de nous saisir de la situation de cette crise comme une opportunité pour revendiquer plus de considération et une position d’égalité dans la société afin de garantir notre participation à la prise de décision et réduire notre vulnérabilité à la violence.
La mise en œuvre de cette vision se heurte cependant à des difficultés et résistances de différentes natures. Elles vont des menaces verbales, des intimidations, des bastonnades, de la privation de la liberté de circuler, des blocages d’accès aux moyens de survie à des tentatives d’assassinats. Cela exige donc du courage, un certain sens d’abnégation et un soutien familial éprouvé.
La lutte contre les violences faites à la femme et la promotion des droits humains sont limités dans un contexte de mauvaise gouvernance. C’est pourquoi, nous œuvrons aussi pour contribuer à l’émergence d’un leadership politique qui va traduire notre vision d’une société où les citoyens accèdent aux meilleures conditions d’existence de façon équitable.
Aussi, toutes les capacités que nous voulons voir se développer chez les femmes doivent aussi les amener à plus d’actions pour transformer les structures qui bloquent leur participation au pouvoir à tous les niveaux.
Malgré la tendance dominante observable de maintenir le Congo comme une zone trouble dans ]laquelle les prédateurs de tous bords viennent puiser des ressources en violation des mécanismes de coopération établis et au détriment des plus de 60 millions des Congolais d’aujourd’hui et ceux d’avenir, nous avons pu bénéficier de l’appui d’autres forces plus positives et sensibles à l’injustice que vit le peuple congolais pour mener notre combat.
Le titre de Docteur honoris causa qui nous sera décerné ce jour nous donne de l’espoir que la RD Congo n’est pas abandonnée et qu’il y a quelque part au monde une poignée de gens, d’ organisations et d’ institutions qui se convainquent que les Congolais ont aussi droit à la vie et qu’il est injuste de maintenir 60 millions d’humains (1% de la population mondiale) dans une situation de pauvreté et d’insécurité permanente. ...