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Deux femmes du Conseil d’Administration de 3TAMIS ASBL à l’honneur !

Lundi 26 mars 2012

Cinq femmes reconnues au niveau international pour le travail accompli auprès de la population du Sud-Kivu et pour la promotion de la femme, ont reçu un diplôme du mérite de l’archidiocèse catholique de Bukavu :

Maria Masson, responsable du BDOM, Présidente de l’ASBL 3TAMIS

Mathilde Muhindo, responsable du Centre Olame et Membre fondatrice de 3TAMIS ASBL, lauréate 2008 de Human Rights Watch

Jolie Kamuntu, directrice de la radio Maendeleo,

Jeje Katana de l’organisation FOPAD d’Uvira,

Solange Lusiku, éditrice responsable du journal Le Souverain, Docteur honoris causa 2012 de l’UCL, Université de Louvain - Belgique.

La journée a commencé par la célébration eucharistique dite en la cathédrale Notre Dame de la paix par Mgr François Xavier Maroy, archevêque de Bukavu.

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Dans son homélie, l’archevêque a rappelé que la femme mérite respect et considération dans la société : elle donne la vie. Il a invité les femmes du Sud-Kivu à travailler dur pour vaincre la peur et parvenir aux postes de responsabilités car la femme doit être considérée comme un partenaire indispensable pour le développement de tout projet.

Les activités se sont poursuivies dans la cour de l’école Annunciata où il y avait des représentations sur la situation de la femme, des exposés de femmes des ONG nationales et internationales sur le rôle de la femme et de la jeune fille dans la société, des poèmes et des chants présentés par les élèves du lycée Wima.

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Mathilde Muhindo rappelait qu’il était difficile de travailler dans un pays où la dignité de la personne humaine est bafouée : les droits de l’homme ne sont pas respectés, les pillages sont encore présents, des personnes sont tuées presque chaque jour et cela, sans que le gouvernement ne s’en préoccupe : la sécurité n’est pas garantie et les violences ne sont pas réduites par un programme d’éducation, de justice sociale, etc.

Malgré ces problèmes, la femme doit jouer son rôle et s’engager pour faire changer les choses dans le pays.

Dans son exposé, Mme Odette Wimba, employée au BDOM a parlé de la thématique « Femme, engage-toi » pour souligner que les femmes ont des compétences et doivent avoir confiance en elles et aux autres femmes pour se renforcer mutuellement. Par ailleurs, l’analphabétisme constitue une grande difficulté freinant l’ambition de nombreuses femmes.

Mme Annie Bukaraba responsable de l’ONG international Alert a insisté sur la mise en place de la décentralisation. Les femmes ont du mener un plaidoyer pour cela, afin de permettre aux femmes de la base (celles de milieux ruraux) de se retrouver et diriger leurs entités territoriales décentralisées.

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Après ces exposés, le Centre Olame a procédé à la remise de certificats de mérites à une vingtaine des femmes qui ont travaillé pendant plus de 25 ans comme accoucheuses dans les structures sanitaires gérées par l’archidiocèse.

C’était une façon de les remercier et de les encourager pour le travail abattu en faveur des femmes sans se lasser malgré le salaire insuffisant octroyé par l’Etat. L’idée est aussi d’entretenir l’émulation à aimer ce qu’elles font et à le faire avec efficacité.

Ces cérémonies ont été organisées par le Centre Olame.

Les 5 femmes ont fait les témoignages du parcours de leur vie après la célébration eucharistique devant plus de 700 personnes présentes en la cathédrale.

En voici, ci-dessous, une brève présentation de certaines d’entre elles.

Eliane POLEPOLE

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Maria Masson, Responsable du BDOM

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« Je suis née en 1941 dans un petit village à Liège, en pleine guerre. Mon père est décédé en 1942.

Ma maman était donc veuve avec 3 enfants : mes frères ainés et moi. Nous avons dû fuir le village lors des bombardements en plein hiver dans la neige. En rentrant nous avons trouvé une maison détruite et pillée. Ma mère était une femme cultivatrice simple, d’une foi très profonde qui l’a conduite toute sa vie. Cette foi, elle nous l’a transmise par sa vie de foi. Nous étions très pauvres mais chez nous régnait l’amour de Dieu et des autres. Peu à peu par notre travail et détermination, le courage et la confiance en Dieu nous avons progressé.

Après l’école primaire, j’ai dû abandonner mes études pendant 8 ans pour travailler à la petite ferme et en ce temps tous les travaux se faisaient à la main. Il n’y avait aucune ONG internationale pour nous aider, mais des banques pour prêter un peu d’argent et à un taux acceptable.

A 22 ans, j’ai du quitter la ferme pour poursuivre mes études mais je travaillais pendant les vacances et le weekend la nuit dans les hôpitaux pour pouvoir payer mes études. Après, j’ai travaillé pendant 8 ans comme infirmière en chef d’un petit hôpital, mais j’avais toujours en moi un appel pour partir en Afrique !  

Puis, un jour, un besoin de Bukavu a été exprimé par Mgr l’archevêque Mulindwa, on me l’a proposé et j’ai dit oui. C’était en 1979 et en 1980 je suis arrivé à Bukavu au service de l’Eglise. J’ai débuté au centre Olame et un an après l’on m’a confié l’action médicale.

En 1982 j’ai commencé le BDOM (Bureau Diocésain des Œuvres Médicales).

J’ai débuté dans le néant, je n’avais rien. Je me rappelle qu’au début une religieuse m’avait donné un petit carton avec une agrafeuse, un perforateur et quelques papiers.

Même dans le pays, la santé était un gros problème. Pour trouver les médicaments et les perfusions à Bukavu c’était très difficile. Nous n’avions même pas le local, l’économat m’avait remis 3 tôles que j’avais placé dans un hangar pour pouvoir travailler, c’est donc dans toutes ces difficultés que nous avons commencé.

Petit à petit il y avait des appuis en provenance des ONG internationales dans le pays et nous faisions un effort avec mon équipe pour gérer convenablement ce que nous recevions.

Dans la confiance, la foi et le courage je savais que toute cette situation finirait par s’améliorer. Après un temps, j’ai rédigé un projet triennal avec l’aide du Dr Balegamire et du Dr Mudosa, projet qui a été accepté et avec ça nous avons pu commencer.

Il est vrai que le début n’a pas été facile mais grâce à ce que nous faisions nous sommes parvenus à gagner la confiance de plusieurs organisations nationales et internationales qui nous ont aidées à progresser dans nos activités. C’est par exemple : BCCO, le Fonds pour la consolidation de la paix de l’Allemagne, Cordaid, Misereor, etc. ».

Grâce au travail de BDOM des milliers de personnes aujourd’hui bénéficient des soins de santé de qualité surtout dans les milieux ruraux du Sud-Kivu où il n’y avait pas de centre de santé dans les années 1980.»

Mathilde Muhindo, Responsable du Centre Olame
« Je viens de totaliser 60 ans le 16 de ce mois de mars 2012. Je suis née à Bukavu à Rukumbuka dans une famille de 11 enfants, ma mère est décédée lors de sa douzième grossesse alors que nous étions encore tout jeune, elle nous a laissé avec notre cadette qui n’avait qu’une année et 8 mois. Comme j’étais la grande fille de la famille je devais m’occuper de la famille et prendre soin de la petite dernière.

J’ai fais l’école primaire à l’école de fille de Kadutu et l’école secondaire au Lycée Wima. Pendant les vacances, il y a eu des mercenaires à Bukavu, et l’on a dû fuir la ville. Je suis allée avec ma famille à Kalehe où j’ai commencé les études d’infirmière accoucheuse à l’hôpital Fomulac Katana.

En 1970, j’ai commencé au Centre Olame dans le programme maternel et infantile. Pendant 5 ans j’ai travaillé à Nyantende dans les consultations des femmes et des nourrissons. Je commençais en ce temps là à donner des séances d’éducation nutritionnel sanitaire aux femmes et surtout aux familles qui avaient des enfants mal nourris.

En 1975, j’ai fait une spécialisation en enseignement au Lycée Wima, après cette formation j’ai travaillé comme animatrice rurale pour sensibiliser les paysans et pour combattre la malnutrition dans les villages.

En 1981, je suis partie aux études en France pour 3 ans où j’ai approfondie la formation socio culturelle et doctrinale de l’église. De retour en 1984, j’ai reçu ma nomination comme responsable du centre Olame ».

Nous avons toujours eu une bonne collaboration ainsi qu’une bonne synergie  avec la société civile. Nous travaillons ensemble pour la promotion de la femme, le développement de la famille et de l’enfant. Le centre Olame est à l’origine du comité diocésain des femmes dont le rôle est de faire des réflexions et des analyses sur la situation de la femme dans le diocèse et dans la province du Sud-Kivu. Le centre s’occupe de l’éducation à la santé, de la nutrition et de la gestion du microcrédit.

Olame compte déjà 32 centres au niveau du diocèse pour que les jeunes filles et femmes qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école puissent apprendre à lire et à écrire.»

Solange Lusiku, Responsable du Journal le Souverain

Solange Lusiku est née dans la commune de Kadutu à Bukavu dans une famille très modeste, seule fille dans une famille de 4 enfants. Son père était enseignant et sa mère n’était pas souvent à la maison car elle était toujours malade.

Quand Solange a obtenu son diplôme d’Etat, son père n’ayant pas les moyens pour qu’elle aille à l’université, elle a postulé comme secrétaire dans l’organisation  AFCF Association des Femmes Cadres pour le développement Intégral de la femme. C’est à ce moment que les journalistes de la radio Maendeleo ont fait sa connaissance. Ils passaient régulièrement à l’association pour avoir quelques nouvelles des femmes.

Solange commençait alors à rédiger elle-même une dépêche pour la rédaction de la radio Maendeleo. Après un temps, elle a été recrutée à la radio Maendeleo où elle a travaillé pendant plus de 3ans comme journaliste et animatrice des émissions.

En 1996, elle ira à la radio Maria où elle s’est perfectionnée et est devenue chargé de programme et attaché de presse de Mgr l’archevêque.

En 2001, elle laisse la radio pour travailler dans une organisation féminine : le caucus des femmes congolaises pour  la paix au Sud-Kivu, en tant que chargée de programme. Ainsi, elle a beaucoup travaillé pour défendre les intérêts de la femme et lutter contre l’injustice. Etant au caucus, elle sentait qu’il y avait quelque chose qui lui manquait, c’est cette envie de traiter, de collecter et de diffuser l’information.

En 2007, elle a rencontré l’ancien éditeur du journal le souverain Emmanuel Barahiga Shafali agonisant sur son lit d’hôpital. Il a demandé à Solange de prendre la relève mais Solange avait peur. Dans un premier temps elle a refusée parce qu’elle ne se sentait pas à la hauteur. Mais après quelques jours, elle a finalement accepté et deux mois plus tard Emmanuel Barahiga est décédé. Elle s’est alors sentie responsable d’une importante mission à accomplir et d’une lourde charge. Mais ayant fait la promesse à Emmanuel, elle se devait de se mettre au travail.

Au cours de la même année, elle a recruté dans la société civile des personnes qui pouvaient l’aider a commencé à écrire et cela grâce au concours de ses amis de la presse à Kinshasa. En 2008, elle tirait la première impression du nouveau journal à Bujumbura, capitale du Burundi, Bukavu ne possédant pas d’imprimerie.

« Mon combat, je le mène dans la sphère du journalisme. Je suis éprise des valeurs démocratiques et républicaines et au sein même de ces valeurs, je porte une attention toute particulière aux droits de la femme qui sont constamment bafoués dans notre pays » souligne Solange Lusiku.

Le Souverain est un journal d’information générale et d’opinion pour la promotion de la démocratie.

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