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Société Jean Van Gysel ELGYMA SARL
L’élevage et la culture au Marungu

24 mars 2011

La société Jean Van Gysel pour l’Elevage et la Culture aux Marungu est une société d’élevage du gros bétail située sur les hauts plateaux du Marungu, au Nord-Est du Katanga, à 600 km de Lubumbashi et 300 km au Sud-Est de Kalemie, à 100 km du Lac Tanganyika dans le Chef-lieu du Territoire de Moba, District du Tanganyika.

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Elle fut fondée en 1916 par Mr Jean Van Gysel, de nationalité belge.

Les premières bêtes arrivèrent de Zambie, elles étaient du type zebu amélioré par des taureaux Shorton. En 1948 fut constituée la société Jean VAN GIJSEL qui se transforma en ELGYMA en 1961 et en 1974 elle fut nationalisée et reprise par la Société CELZA. A ce moment là il y avait 45 017 bovins, 2130 ovins, 112 ânes et 61 chevaux.

Sa superficie est de 200.000 hectares.

Le siège social est basé à Lubumbashi. Le conseil d’administration actuel est constitué du Président Administrateur délégué, le Baron Jean Paul Van Gysel De Meise ; de l’Administrateur Délégué Mr Parbhoo ; de l’Administrateur Mr Jean Van Gysel, de l’Administrateur local Docteur Kambobe Kilanga et du commissaire aux comptes Mr Lieko Mokoto. 

ELGYMA a comme activité principale l’élevage du bétail pour la production de viande.

La guerre de 1998 et l’insécurité qui en a suivi, a tout détruit : il y avait en 1998, 12.000 travailleurs, ils ne sont plus que 20 en 2011 !

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La société assurait différents services pour son personnel et pour la population comme l'achat de produits vivriers auprès des cultivateurs locaux, les soins médicaux pour tout le monde, personnel et population, l'éducation par la création d’écoles accessibles à tous, l'encadrement technique des éleveurs indépendants pour l’amélioration de la qualité du bétail, etc.
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Ancienne race - Nouvelle race

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Couloir de contention pour les soins au bétail - Dipping-tank

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Kraal (Enclos pour bétail, la nuit)

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Pépinière - Champs de maïs dans la concession

Cliquez sur Pepa pour situer le lieu sur une carte plus grande

Son histoire
Avant la guerre de 1998, Elgyma approvisionnait les boucheries de Lubumbashi et environ et la GECAMINE.

Ce ravitaillement mensuel de bétail sur pied se faisait par trek, c’est à dire par cheptel ou troupeau : Le bétail était conduit à pieds du lieu-dit « Pepa » à Lubumbashi ; le voyage durait un mois sans problème.

Plus ou moins 500 têtes par mois soit 5 à 6.000 par an étaient livrées. Les bêtes âgées de 4 ans, et d’un poids moyen de 450 et 550 kg donnaient au moins 50% de rendement à l’abattage à l’arrivée en viande de boucherie.

En vue d’améliorer les races pré-existantes Afrikander, Graman et autres,  la société a importé de France en 1982 par avion, des taureaux Limousins de 4 ans et pesant en moyenne 650 à 793 kg. Donnant lieu à des veaux mâles de 200 kg au sevrage.

En 1985, pour le croisement avec les femelles Limousines, la société a importé des Taurillons Boran d’origine Kenyane en provenance de la Zambie.  Elle a également importé des Brahmans de R.S.A. et récemment elle a importé de l’Afrique du Sud, les Bonsmara.

Les vaches servaient à la production du lait et à  la transformation de lait en beurre. En plus des bovins, la société avait des  moutons, des chevaux et des ânes.

La société est structurée en 10 sections ou postes.

Pepa central comprenait un bâtiment administratif bien équipé, un garage équipé de dispositifs nécessaire pour les véhicules, moulins, pompes à eau, groupes électrogènes, soudure, menuiserie, antenne parabolique, atelier de couture, une laiterie avec transformation de lait en beurre, un abattoir équipé, des magasins cantines, dépôts de médicaments humains et vétérinaires, produits vivriers et sels minéraux pour bétail, un hôpital avec 2 pavillons Homme-Femme, une maternité en cours de construction, 2 bâtiments, cuisines, salle d’opération en projet (Les soins étaient gratuits tant pour le personnel ELGYMA que pour la population), deux écoles primaires et une secondaire, une grande salle de réception et une salle de phonie, des maisons d’habitation bien équipées pour cadres, maîtres et Guest-house, des camps pour les travailleurs et enseignants, une piste d’atterrissage d’avion de 2 km de long en terre battue avec un hangar et située à 4 km du poste central (L’avion petit-porteur Cesla de la société est basé à Lubumbashi).

9 Postes ou sections d’élevage qui sont : Pepa élevage, Mututu, Luhonde, Kieruzi, Mwela, Milima, Mulunguzi, Niembe, Kamipini.

Chaque section comprenait des structures autonomes de fonctionnement - bâtiment administratif, habitations, dispensaires (humains  et vétérinaire), dépôt, cantines, menuiserie, école primaire, des dipping-tanks, qui est une sorte de grande baignoire adaptée au bétail, avec du produit contre les parasites, des kraals pour la nuit, sorte d’enclos fermé par des fils barbelés.

Chaque section veille à l’entretien du pâturage du bétail et au maintien des limites de la société. Elle rend compte de ses activités à la direction des Elevages.

Toute la superficie de la société est reliée par des routes privées entretenues régulièrement par la société. Pepa étant passage obligé de Moba vers Pweto et vers la frontière Zambienne, les passants bénéficient de ces routes en plus des services de la société pour le garage, soins médicaux et logement.

La société aujourd’hui…
Depuis la deuxième guerre qui éclate le 02 août 1998, la société a subi des dommages importants ruinant tous les investissements et surtout les personnes y travaillant…

En novembre 1998. L’armée gouvernementale FAC établit sa base à Pepa. 

Le 02 mars 1999, Pepa tombe aux mains de la rébellion RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie) et le personnel de la société prend la fuite.

Le 07 avril 1999, un grand nombre du personnel rentre à Pepa et s’organise pour le travail sous la contrainte du RCD, des braconniers, etc. Il y a eu beaucoup d’abattage et de bétail emporté par les belligérants. La société subit des pressions et n’est pas maîtresse de la gestion.

Le 19 octobre 2000, l’armée gouvernementale, FAC reprend Pepa et le personnel de la société reprend le travail.

Le 08 novembre 2000, la rébellion reprend Pepa à nouveau. Fin décembre 2000, le personnel rentre  et constate la disparition d’un grand nombre de bétail.

En 2001, les autorités reprennent conscience du caractère privé de la société ! Le personnel de la société reprend la gestion, toutefois la réquisition et les vols de bétail continuent. En juin, la Monuc s’installe à Pepa, le Comité International de la Croix Rouge (CICR) s’occupe de l’hôpital. En octobre 2001, l’organisation non gouvernementale Action contre la faim (ONG ACF) remplace le CICR.

En 2002, la situation se stabilise un peu, le personnel a de plus en plus la gestion en mains en dépit de réquisitions et des vols effectués par les groupes armés. Pepa fait partie de la zone de démilitarisation selon les accords entre belligérants.

Le 15 avril 2003, la Monuc quitte Pepa sous contrainte de groupes armés. Le 20 mai 2003, la RCD décide de conduire le reste de bétail, environ 1.500 têtes avec le personnel d’ELGYMA à Kasenga situé à 65 km de Pepa pour la sécurité du bétail sous RCD ; d’autres décident de rester pour garder Pepa.

Avant la guerre, la société comptait 12.000  travailleurs !

Le salaire des travailleurs de l’époque, ni le chiffre d’affaire, le taux d’investissement lié aux bénéfices n’ont pas été communiqués.
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Vestige de guerre - Ce que sont devenus les batiments administratifs

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Le garage

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Ecole primaire - Ecole secondaire

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La laiterie

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Hôpital Pepa central - Le laboratoire

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Après la guerre, le nombre a diminué : cette décroissance est due principalement à la mise en congé technique à cause de la décroissance de l’effectif bétail. Malgré tout, le personnel est resté en contact permanent avec la hiérarchie de la société à laquelle il faisait rapport et recevait instructions. Aujourd’hui, en 2011, vingt personnes seulement sont occupées à la maintenance de la société.

Après la guerre, la société est restée avec 160 têtes de bovins. Ce nombre a évolué à 300 et, avec 100 têtes importées d’Afrique du Sud ; le nombre arrive à 400 têtes.

Toutes les sections ont été bombardées, pillées et saccagées parfois à 100%. Les bâtiments administratifs, les habitations, les écoles ont été pillées systématiquement et détruites par les bombardements aériens ou le feu : Equipement de l’abattoir,  produits vivriers et cantines, tous les produits pharmaceutiques, l’hôpital  Pepa Central, du Guest-House, la menuiserie, le  garage, les ateliers de coutures, etc.
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Camps du personnel - Guest-House

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Maison de l'Administreur - Intérieur

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Ce qui reste des bâtiments administratifs - Bureau FASHI

Difficultés

Le problème est que sans activités, les terrains sont occupés illégalement par les paysans qui les cultivent pour survivre. Les routes ne sont plus entretenues, certaines sont hors d’usage.

Sans bétail, la concession d’élevage est investie par les villageois avec les difficultés de les déloger plus tard. Le pâturage pousse très haut, cela demandera beaucoup de frais pour la remise en valeur.

Il y a eu un fort déboisement anarchique pour fournir du bois de chauffage. La Société effectue du reboisement d’eucalyptus et de cyprès.
Enfant européen dans savane katangaise, un récit de Bernard Veriter

Historique de l’élevage des Marungu

Une visite chez Daniel DEMAEGHT m’a permis de récupérer une étude réalisée par le Docteur MORI, vétérinaire et directeur de l’élevage. 

C’est en 1919 que Mr Jean VAN GIJSEL déployât ses premiers efforts pour implanter un élevage sur les plateaux des Marungu. Les premières bêtes arrivèrent de Zambie, elles étaient du type zebu amélioré par des taureaux Shorton. En 1948 fut constituée la société Jean VAN GIJSEL qui se transforma en ELGYMA en 1961 et en 1974 elle fut nationalisée et reprise par la Société CELZA. A ce moment là il y avait 45 017 bovins, 2130 ovins, 112 ânes et 61 chevaux.

Les Marungus

Les Marungu sont un massif situé au sud ouest du lac Tanganika. La caractéristique de ces plateaux est l’absence de végétation aborescente, à l’exception du bord des rivières ou les acacias sont particulièrement bien représentés. L’altitude varie entre 1.400 et 2.300 mètres avec le mont Lusale qui culmine à 2.452 mètres. 

Le climat : la pluviométrie moyenne est de 1.400 mm soit le double de celle de la France. En saison sèche, les gelées blanches sont fréquentes et c’est début juillet que les températures sont les plus basses. 

Au poste ou était situé mon père il devait s'occuper d'un élevage qui selon les endroits variait entre 4.000 et 8.000 têtes de bétail, s'il y avait beaucoup de vaches limousines, il y avait aussi quelques zébus. Le nombre de travailleurs indigènes était de 400 environ selon mes souvenirs. 

Le poids moyen des bœufs à 5 ans était de 500 Kg. En 1950 la société importa des taureaux et génisses de race brune des Alpes puis de race Limousine. Des taureaux furent également importés du Texas et du Pakistan pour améliorer la rusticité du bétail. Au poste de Kieruzi nous avions également des moutons et il me semble que l'unique utilité de ces moutons soit de fournir des peaux d'astrakan. En effet, dès que naissait un agneau noir bouclé il était tué et sa peau était prélevée. 

Lire l'entièreté du récit de Bernard Veriter...

Analyse

ELGYMA existe depuis près de 100 ans.
Son personnel s’est dévoué tout au long des périodes riches et dramatiques de l’histoire du Congo. Il veut reconstruire avec passion, une entreprise qui a fait la fortune de ses inventeurs.

Ce qui suit n’a la prétention que d’inviter à l’analyse d’un contexte macroéconomique qui va plus loin que le seul problème de réinvestissement d’une entreprise d’élevage, fut-ce-t-elle de 200.000 hectares !

En 1998, des dizaines de milliers de têtes de bétails furent volés par les troupes occupantes avec la complicité du RCD.

Ces immenses troupeaux traversèrent Kalemie durant des jours et des jours vers le nord. La ville servit d'étable géant.

Si quelqu'un avait vu un film genre far west, il aurait pu imaginer ce que c'était en ce temps là !

De nombreux grands propriétaires locaux furent ruinés par ces gigantesques pillages. Et leur personnel abandonné à leur sort. Les populatipns des villes alimentées en viande furent obligés de se restreindre.

Elle estime avoir droit à une indemnisation pour dommages de guerre en vue de contribuer ainsi à la relance économique du pays, à l’action sociale qu’elle mène du fait de l’emploi qu’elle offrirait à nouveau.

Les quelques taxes que l’entreprise paie à l’Etat, servent plus à compléter les maigres salaires de fonctionnaires inutiles du fait de leur impuissance à gérer le pays, mais qui doivent bien survivre, sans plus en tous cas pour les plus bas échelons, tout le monde le sait.

A défaut d'Etat et, à défaut d’un salaire juste au sens où une famille peut dignement vivre en terme de logement, de biens propres, d’accès aux études supérieures, de soins et de loisirs, la société assurerait à ses ouvriers et à leurs familles, l’accès à ses écoles, aux soins médicaux, à l’alimentation en protéine animale.

Aujourd’hui et peu à peu, Elgyma s’approvisionne à nouveau en produits vivriers auprès des villageois, encadre les éleveurs des environs, assure le maintien de limites de sa concession, des routes qui traversent la propriété.

Cette requête d’indemnisation (Calcul théorique fourni par Elgyma, du cheptel perdu depuis la guerre de 1998 : 63.196 têtes des bovins, 8.357 moutons, 160 ânes, 150 chevaux à l'exclusion des infrastructures détruites) n’est pas sans poser quelques problèmes de fond et, paraît quelque peu naïve quant à son aboutissement car en 2011, l’Etat congolais ressemble plus à une mafia d'Etat et est devenue ce que pourrait être le système ultra libéral dont rêve tout capitaliste intégriste : une organisation de prédateurs au détriment du bien commun.

La question de ces grandes terres exploitées en propriété privée ou louées n’est finalement pas ancienne : Le phénomène du « land grabbing » est en employant  de nouveaux termes, ce que nos ancêtres ont connu à la révolution industrielle : l’esclavage économique et la dépendance au patronat, sous le prétexte du progrès et de la concurrence, même s’il avait eu à quelques rares exceptions près, des précurseurs d’une attention à la dignité humaine, mais ô combien paternaliste.

Cette situation pose les problèmes dénoncés de plus en plus comme dérive de l’économie débousollée, des fonds d’investissement où le nouvel enjeu est, ici, sous prétexte de sécurité alimentaire, la spéculation sur ces ressources; La question n'est pas de savoir comment nourrir, elle porte sur comment gagner de l'argent.

Une autre question est de savoir s'il apparteint à une société privée à finalité purement économique de prendre en charge ce que l’Etat devrait réaliser en termes social et de redistribution des richesses ?

Si Elgyma crée des écoles, c’est fort louable mais jusqu’où peut aller ce mécénat et quels en sont les limites ?

L’Etat refuse d’assurer ses charges pour les raisons citées ci-dessus et, comme l’entreprise privée s’en occupe, pourquoi s’en préoccuper !

Qu’en est-il de la redistribution des terres et de l’approche agriculture / élevage familial qui donnerait  beaucoup plus de travail aux gens et, sans doute si c’est contrôlé tout au long de la chaîne, des produits de bien meilleure qualité ?

Bien évidemment, les villes doivent être desservies en aliment mais à quel prix en termes économique, social, environnemental ? Les grands élevages d’Amérique du Nord et du Sud, de New Zélande, d’Australie pour ne citer qu’eux, sont dénoncés de toute part comme irresponsables et responsables des dégâts graves que l’on connaît suffisamment pour inviter à ne pas les reproduire en RDC.

Ceci n’est qu’une très petite réflexion bien loin des réalités financières des gens qui gouvernent le Monde, ceux des hautes finances…

Thierry Carton. Le commentaire relève de la seule responsabilité de son auteur et ne peut aucunement être considéré comme reflétant le point de vue du CAVK. Le contenu des articles cités relève de la seule responsabilité de leur auteur et ne peut aucunement être considéré comme reflétant le point de vue du CAVK et de Thierry Carton

Pour en savoir plus

> Médecine vétérinaire au Congo et au Ruanda Urundi 1885 - 1962 (Voir page 92 et 95)

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