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La rentrée scolaire à Bukavu Septembre 2006 |
La rentrée scolaire devait être meilleure cette année : Des engagements avaient été pris. Personne ne doutait que tout serait réglé la première année, à tous les niveaux mais force est de constater que les parents d’élèves paient encore une fois, les salaires des enseignements et les frais scolaires.
Toutes les autres charges, gestion des bâtiments, matériel pédagogique, formation continue, organisation des secteurs de l’enseignement, réflexion sur les programmes, etc. qui devraient assurées par le pouvoir organisateur, sont dans la majorité des cas, laissées à l’abandon. Une solution durable aux problèmes de l’enseignement au Congo passe par la redéfinition des programmes en fonction des objectifs et du citoyen de demain que l’on voudrait former…
C’est à l’école que l’enfant devrait être initié à la réalité du bien commun, à l’hygiène, à l’esthétique et à l’amélioration de l’environnement, l’agriculture et l’élevage, la bonne nutrition, l’aménagement du terroir, à la vie en société, à la tolérance, à la discipline, à la ponctualité, valeurs de plus en plus absentes; ce que toute la communauté déplore aujourd’hui. Ce serait ainsi une formidable opportunité pour les décideurs pédagogiques, d'inventer une nouvelle école où la formation à la citoyenneté, la relation "sans perdant" et la communication non violente, les notions de développement durable et de culture, seraient mieux prise en compte dans le programme tout au long de la vie de l'étudiant.
Pour les enfants, la rentrée scolaire n’est pas une simple question de routine ou de tradition. C’est un événement de rupture avec les vacances et le commencement des choses sérieuses, d’une période parfois difficile, mais beaucoup plus, l’occasion de refaire la vie sociale avec les amis et les enseignants. Quelles que soient les conditions, les enfants sont en général, pressés de se rendre à l’école. Ils savent que le retard n’est pas bon, il est aussi sévèrement puni que l’absence ! Que l’école soit viable ou non, qu’ils aient mangé ou pas, ils ont une autre source d’énergie : la volonté d’apprendre ! Les parents ont été obligés de pallier à l’inconséquence des hauts responsables de l'Etat, au prix de beaucoup de sacrifices… « Nitaenda tu vile… j’irai malgré tout… », lance Benjamin, 6 ans, à sa mère, qui n’a pas pu lui acheter une gourde privilégiant dans un premier temps ses frères aînés. Pendant que l’Etat paie difficilement moins de 20 $ par mois à l’enseignant et au fonctionnaire, la prime moyenne va au-delà de 15 $ par mois et par enfant.
Faida, une maman trouvée au marché occasionnel des fournitures scolaires créé devant le magasin DATCO à Bukavu, avoue que les prix ont « pris de l’ascenseur ». MUZALIA témoigne : « Voici, je viens d’acheter 4 bics alors que j’ai 5 enfants… Quatre vont d’abord commencer,… j’enverrai le 5ème plus tard… ». Le bic ordinaire coûte 50 FC, soit l’équivalent de 10 centimes de dollar américain.
Ce qui reste de matériels pédagogiques dans certaines écoles, témoigne de la volonté des premiers initiateurs, d’aider l’enfant à évoluer dans un environnement réel, concret… Cependant, les nouveaux responsables ont hérité des infrastructures et matériels mais sans moyens pour les entretenir, si bien que dans beaucoup d’établissement comme à l’Institut d’Ibanda ex Athénée royale, il ne reste que des vestiges de laboratoire et autres didacticiels datant des années 60 ! La démission de l’Etat a donné place à des initiatives dont certaines ne sont pas toujours heureuses : Nous avons visité une école en bois (rien à voir avec du bon bois d’oeuvre) où plus de 60 élèves sont entassés dans une petite salle mal éclairée, parfois au sol de terre battue. La classe n’a que 6 pupitres. La majorité des élèves sont assis par terre et s’accommodent déjà à des gestes acrobatiques pour prendre des notes dans leurs cahiers sur les jambes !
Le secteur est devenu une « bonne affaire » pour certains, avec le pullulement des écoles privées. Il suffit d’avoir son « agrément » auprès du ministère de tutelle pour décider de l’ouverture d’un établissement, même dans une parcelle résidentielle. Et Dieu sait par quel raccourci, il a pu être obtenu rapidement sans enquête préliminaire sérieuse. Le goût du lucre atteint même les écoles conventionnées ou celles qui sont gérées par les confessions religieuses. Partout, il faut des comités de parents, non pour débattre des priorités, du programme, la qualité de l’enseignant, mais pour fixer les frais de participation. Sans compter l'absence de toute formation continuée pour le reçyclage des compétences, cet amateurisme dans un secteur si vital s’observe à tous les degrés de l’enseignement, du primaire à l’université. Les enfants subissent les contrecoups de cette baisse de niveau des formateurs. N’en déplaise à quelques nostalgiques qui pensent aux aires de jeu, à l’aération des salles, à la dimension du tableau, aux matériels pédagogiques, au nombre d’élèves par classe, aux modes d'apprendissage centrés sur la personne ! Ne faudra-t-il pas extirper de la mentalité du congolais, le mythe du diplôme ? Beaucoup d’étudiantes et étudiants que nous rencontrons, sont prêts à tous les compromis pour avoir « le papier », dont un des moyens est l'usage de la « lettre de recommandation » avec quelques billets verts en annexe. Quelle valeur accorder au diplôme ? Est-ce le diplôme qui valorise la personne ? Des diplômés ont-ils manqué au pays pour qu’il soit dans le bourbier actuel ? Les années de formation dans un établissement d’enseignement professionnel garantissent-elle d’avoir de bons menuisiers, des techniciens éprouvés, pragmatiques ? Si chaque partenaire agissait avec responsabilité, tout le monde y gagnerait. D’où ces multiples interpellations de voir l’Etat investir dans l’éducation, en y mettant un budget conséquent. A l'aube de cette nouvelle république, les parents et citoyens, oseront ils, en retour de leurs contributions sous forme de taxes, d'exiger une gestion saine de la cité |
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