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3TAMIS
Luc Dussolier

La semaine de l'éducation pour tous

Un peu d'histoire, Voir en dessous

29 avril 2007

Avec l’appui d’Action Aid International, la Coalition Nationale Education Pour Tous, CONEPT - antenne du Sud-Kivu, a organisé une série d’activités dans le cadre de la semaine mondiale de l’Education pour tous, du 23 au 29 avril 2007.

Il y aurait au Sud-Kivu, selon une statistique assez récente, 2.500 écoles qui encadrent 695.000 élèves dont 295.500 filles.

La démission et l’irresponsabilité de l’Etat a été compensée par des initiatives palliatives qui ne sont pas toujours heureuses dans un secteur aussi fondamental où les parents sont plus souvent obligés de choisir entre plusieurs maux, le moindre…

C’est ainsi que des réseaux kimbanguistes et islamiques sont venus renforcer le secteur ainsi que les écoles privées agréées…

Il est à la fois heureux et honteux que des Organisations internationales comme Unicef, Save the children, War child, LHAC… soient avec les parents d’élèves, les principaux bailleurs de l’enseignement : alors que le Congo a tout le potentiel pour se supporter lui-même !

Aujourd’hui, la qualité de l’enseignement en général, malgré le courage et la volonté incroyable de son personnel enseignant, est de très bas niveau. Un nombre important d’enfants et d’adolescents non pas accès à l’école, faute de guerre, d’insécurité, d’absence d’offre de qualité, d’abandon, d’exploitation et de misère. D’où la recrudescence du phénomène « Enfants de la rue » sous toutes ses appellations, enfants soldats, dit sorciers, enfants orphelins du sida, enfants prostitués…

La dérive du système éducatif actuel est que l’école soit totalement aux mains des « entreprises privées», gérée uniquement à but financier, comme c’est la tendance dans les pays riches où le fossé entre riches et pauvres s’élargit laissant de coté un nombre croissant de personnes en difficultés, leur interdisant l’accès à un enseignement de haut niveau, n’ayant pas la capacité de payer la facture. L’enseignement serait totalement un marché, un produit commercial…

Luc Dussolier

Le cadre choisi pour les conférences fut la salle de l’Hôtel Mont Kahuzi.

Le thème était « L’éducation, un droit, engageons-nous maintenant »

Toutes les organisations concernées avaient chacune leur représentant, la HAM, Vovolib, Maria, Liberté, ACP, RTVGL, Okapi, 3TAMIS, Maendeleo, pour les médias; pour les Syndicats parents & enseignants : ANAPECO, SYECO, CPP, SYNECAT, CEPACO. Les ONG : Acidi, Adi-Kivu, Croix Rouge, Eci, Eck, Gale, Humanitas, Caritas, Héritiers de la Justice, 3TAMIS, Assonepa, Save the children, War child, et d’autres… et les députés provinciaux : Honorables Baleke, Mushonio, Masoka, Mubengwa, Sumaili, Lulihoshi, Mwamikazi Espérance, Byemba, Namunsinsi, Balumisa, Ngoma, Masumbuko.

Le Président provincial de la coalition, Firmin Rugambwa et le professeur Muchukiwa en qualité d’expert ont animé cette semaine par leurs conférences et se sont prêtés aux questions au cours des débats..

Le Président provincial du CONEPT a présenté la coalition comme un nouveau né qui a besoin de l’attention de tous pour son efficacité. En effet, créée à Kinshasa en 2003, le CONEPT est opérationnel au Sud-Kivu depuis le 06 décembre 2006.

La déclaration constitutive de la CONEPT-Sud Kivu a été signée entre les coordinations des écoles conventionnées, les syndicats des enseignants, les réseaux de l’enseignement privé agréé, les associations des parents, les ONG locales oeuvrant dans le secteur éducatif, sur base des buts et objectifs du forum de Dakar, Sénégal du 28 avril 2000 à savoir :

1) développer et améliorer la protection et l’éducation de la petite enfance
2) donner à tous l’accès à un enseignement primaire obligatoire et de qualité d’ici à 2015
3) assurer un accès équitable aux programmes d’acquisitions de connaissances et de compétences nécessaires dans la vie courante
4) améliorer de 50 % les taux d’alphabétisation des adultes
5) éliminer les disparités entre les sexes dans l’enseignement primaire et secondaire d’ici à 2005 et à tous les niveaux d’ici à 2015
6) améliorer sous tous ses aspects la qualité de l’éducation

Le Rapport mondial de suivi sur l’Education pour tous 2007 est une publication annuelle préparée par une équipe indépendante basée à l’UNESCO.

L’orateur a introduit les réflexions et les débats par quelques questions :

L’enseignement primaire est-il obligatoire au Congo ? Au Sud-Kivu ? Existe-t-il une politique éducative dans notre pays ? , Quel pourcentage du budget est alloué à l’éducation dans notre pays ? Qu’on fait nos dirigeants politiques depuis 2006 pour les enfants qui ne bénéficient pas de l’éducation ? Quels obstacles les ont empêchés de changer la situation des enfants et des adultes non éduqués ? Nos dirigeants manifestent-ils un souci particulier à l’éducation ? Que dire de la violation aux droits à l’éducation ?...

Les débats se sont déroulés autour des stratégies susceptibles de mobiliser plus d’acteurs, sur le renforcement des activités au Sud-Kivu, comment impliquer le gouvernement congolais à atteindre les objectifs 2015, sur la collaboration avec les autres coalitions.

Les principales difficultés de l’enseignement sont :

Le vieillissement du personnel enseignant et administratif ; La non protection et la spoliation des parcelles scolaires ; La sous qualification du personnel enseignant ; L’insuffisance des inspecteurs ; L’absence généralisée de prof… et de manuels scolaires ; L’absence d’une pédagogie centrée sur l’Homme et non uniquement sur le savoir ;

L’absence d’une réflexion sur l’enseignement en terme d’objectifs adaptés aux besoins de la société d’aujourd’hui dont la formation de citoyens responsables, formés au savoir-être incluant l’apprentissage à la communication non violente et la résolution des conflits interdisant la violence, comme la mise en valeur des ressources locales, comme l’apprentissage à la santé, la Culture, etc.

L’absence de jardin scolaire et de contenu d’apprentissage aux goûts, à une alimentation équilibrée utilisant toutes les ressources pourtant bien présentes au Kivu, les légumes et les fruits… L’absence de contenu en termes de développement durable ; La faiblesse des langues, de la culture générale…

Le délabrement des infrastructures scolaires ; Le non paiement ou la modicité du salaire des enseignants

Toutes les résolutions vont dans le sens de se coaliser pour faire pression sur le gouvernement afin qu’il respecte ses engagements nationaux et internationaux. Voici quelques recommandations :

Faire de l’éducation une priorité des priorités ; Faire le marketing (lobbying) de l’éducation pour tous ; Organiser des concertations entre parents, enseignants et gestionnaires des écoles en vue de réfléchir sur les moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs de Dakar d’ici 2015; Définir une politique de l’éducation en RDC ; Connaître et augmenter le budget alloué à l’éducation estimé aujourd’hui à 0,01% ; Décentraliser le fonds de l’éducation créé par notre gouvernement ; Exercer des pressions sur le pouvoir public pour aboutir à la suppression de la prime payée par les parents et obtenir une rémunération décente du personnel enseignant ; Combattre la corruption et la fraude pour maximiser les recettes ; Améliorer les conditions de travail et les conditions pédagogiques ; Vulgariser divers outils juridiques sur l’éducation pour tous (conventions, traités, chartes, déclarations, constitution…) ; Travailler en synergie avec d’autres partenaires et coalitions à travers le pays et le Monde.

A propos de la décentralisation, il faut savoir qu’il est prévu dans les textes de la constitution, le report de la charge de l’enseignement en termes d’organisation aux provinces, seule le contenu pédagogique reste du pouvoir central. En clair une partie des 40% du budget dont disposera la province devra servir à sa politique de réhabilitation du système scolaire décris ci-dessus.

Luc Dussolier

La semaine a été clôturée par le défilé du 30 avril 2007 des élèves et leurs enseignants devant les autorités provinciales et opérateurs éducatifs à l’hôtel Métropole…

Les enfants et des adultes ont joyeusement parcouru la grande avenue Président Mobutu, du rond point « la Flamme » aux « feux rouges »,  une activité qu’ils n’avaient pas réalisée depuis plus d’une décennie.

Au son et au rythme de la fanfare kimbanguiste, les manifestants ont marché avec des pancartes de leurs établissements et des banderoles : « Toutes les filles à l'école » et « L'éducation, c'est une affaire de tous ». La coalition était présente avec un calicot « Education pour tous, engageons-nous maintenant ».

Luc Dussolier

Avant le cocktail de clôture, trois discours de circonstance ont été prononcé par le Chef de la sous division urbaine de l’EPSP (enseignement primaire et secondaire), le chef de division provinciale de l’EPSP et le Directeur de Province.

Mr Alimasi Ndomba, Directeur de Province du Sud-Kivu, 3ème personnalité de la province après le Gouverneur et son vice, semble conscient de l’ampleur du problème et de la taille de l’enjeu car dans son discours, il a fait référence au programme du chef de l’Etat qui, face aux nombreuses priorités de la reconstruction a mi en bonne place l’éducation parmi les 5 chantiers prioritaires de son quinquennat. « Un peuple qui n’éduque pas sa population est appelé à disparaître… »

Toutefois, aucune information n’a été donnée sur les débuts de ce programme en province du Sud-Kivu…

Luc Dussolier

Un peu d’histoire…

1885. L’histoire de l’enseignement au Congo commence avec l’année 1885 où le roi Léopold II propriétaire du Congo belge confie ce secteur aux missionnaires catholiques. En ces débuts, l’enseignement est essentiellement pratique, centrée sur la formation des métiers, assuré dans les chantiers et les ateliers des sociétés locales…

1888. Le Révérend père Van Impe prend l’initiative courageuse, mais périlleuse parce que fortement controversée et combattue, d’envoyer les enfants congolais étudier en Belgique, malgré la résistance et le refus de départ de l’Etat belge…

1889. Les écoles secondaires sont implantées au Congo belge à Boma, capitale de l’Etat Indépendant du Congo…

1925. Signature de la première convention scolaire avec les missions catholiques sur la subsidiarité des écoles, l’Etat s’engageant à supporter toutes les charges de l’enseignement.

1938. L’Etat impose et distingue les écoles pour filles et les écoles pour garçons.

1954. Mr Buisseret, ministre belge des colonies crée les écoles laïques comme par exemple ELO Nyamugo, ELO Cimpunda… et les athénées - athénée interracial de Bagira, athénée royal d’Ibanda…

1954. Naissance de l’Université Lovanium de Kinshasa, sur le modèle de l’Université Catholique de Louvain de Belgique

1956. Création de l’Université Officielle du Congo (UOC) future Université de Lubumbashi UNILU à Elizabethville (Lubumbashi), sur le modèle de l’Université d’Etat de Bruxelles.

1961. Création des cycles d’orientation …
1962. Réforme de l’enseignement (des programmes métropolitains)
1963. Extension de l’UOC à Stanleyville (ULC/Kisangani)
1964. Naissance de plusieurs Instituts Supérieurs
1967. Introduction de l’Examen d’Etat pour les finalistes du secondaire.

1971. Fusion de 3 universités en UNAZA (Université Nationale du Zaïre) ; elles redeviendront plus tard UNIKIN, UNILU et UNIKIS

1986. Promulgation de la Loi-cadre 005/86 du 22 septembre 1986 de l’Enseignement National Institution officielle du Test National de Fin d’Etudes Primaires TENAFEP, commencée en 1962 sous différents noms : Examen d’Inspecteur, Examen Provincial, Examen Sélectif)

Après 1988 et les années qui vont suivre, caractérisées par les turbulences politiques, le président Mobutu abandonne l’enseignement à lui-même, le budget de l’Etat est réduit à zéro avec les conséquences que l’on connaît. Les parents se retrouvent seuls à supporter les rémunérations des professeurs. L’école est détruite peu à peu ou devient un véritable musée de l’histoire de l’enseignement pour ce qui a été conservé !

1990. Le problème de la prise en charge des enseignants par les parents a été discuté lors de la grève générale de 1990-1991. Le 10 octobre 1993 un protocole fut signé entre les partenaires de l’éducation, parents et syndicats des enseignants pour formaliser la prime scolaire.

1992. Réhabilitation de la journée nationale de l’Enseignement par la Conférence Nationale Souveraine, après l’échec du Ministre NZEGE ALAZIAMBINA de l’Education Nationale, à vouloir ramener cette journée à la date de la promulgation de la Loi-cadre

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