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3TAMIS

Kamituga

L'or noyé de Kamituga
Mourir de faim sur une mine d'or !

Film documentaire de 70 min, Belgique, 2007

Réalisation : Yvon Lammens et Colette Braeckman
Co-production : Philofilm, Simple Production, RTBF

Avec le soutien de la Coopération au Développement et l’Aide pour la diffusion en salles du Centre du Cinéma de la Communauté Française de Belgique.

Kamituga, ville minière située dans l’Est Congo, symbolise la tragédie de l’histoire économique du pays. Installations pillées, cartes géologiques volées,...

Fini le temps où la SOMINKI assurait à ses travailleurs logement, écoles, et soins de santé en échange de l’extraction d’or et de la cassitérite des mines de Kamituga. Pris en tenailles entre les différents acteurs du conflit, misère, violence et exploitation sont maintenant le quotidien des anciens mineurs et de leurs familles qui gardent malgré tout espoir...

Après la version courte du film (52 minutes), présentée en mai 2006 au « Centre Wallonie- Bruxelles » de Kinshasa, les réalisateurs Yvon Lammens et Colette Braeckman proposent à présent une version rallongée de 18 minutes (afin d’obtenir 70 minutes de documentaire au total) permettant au spectateur de mieux s’immiscer dans l’univers de Kamituga illustrant à petite échelle l’histoire récente du Congo.

Kamituga n’est qu’à 180 km de Bukavu mais ressemble au bout du monde. A l’époque où le film a été tourné, la route était coupée et seuls de petits porteurs desservaient plusieurs fois par jour cette ville minière où durant les années de guerre aucun Européen n’osait s’aventurer.

Ce site était jadis l’un des sièges d’exploitation de la Sominki, Société minière du Kivu, elle y exploitait la cassitérite, d’où l’on tire l’étain, et l’or, objet d’éternelles convoitises.

Yvon Lammens et Colette Braeckman ont découvert Kamituga au temps de sa prospérité, voici 25 ans, lorsque la Sominki, principal employeur de la région, assurait à ses travailleurs logement, écoles, soins de santé, même dans les périodes difficiles où les cours de l’étain s’effondraient ainsi que les résultats d’exploitation.

A plusieurs reprises, ils y sont retournés, ensemble ou séparément. Ils ont retrouvé les mêmes interlocuteurs et filmé l’évolution du site. Même si Sominki a été dissoute, les installations pillées, les cartes géologiques volées et si la société canadienne Banro est devenue propriétaire des lieux après de pénibles différends avec le pouvoir de Kinshasa, les travailleurs se souviennent toujours avec nostalgie de la société mère à laquelle ils sont demeurés fidèles et ils aspirent encore à son impossible retour.

Ce film, en retraçant l’histoire de Kamituga, revient aux sources de la guerre : il rappelle les appétits des sociétés minières, la convoitise du voisin rwandais et de ses alliés locaux, la faiblesse et les contradictions du pouvoir de Kinshasa. Il montre aussi la résistance des travailleurs abandonnés, où les mineurs d’hier se sont transformés en «artisans » c'est-à-dire en creuseurs et sont soumis aux ponctions des chefs de guerre qui contrôlent le site.

Kamituga au temps de l’abandon, c'est-à-dire jusqu’à la veille des élections de 2006, c’est le Congo en miniature : des infrastructures en ruines, la débrouille du petit peuple, le travail des creuseurs et le courage des femmes. Le jour, les femmes,appelées « Mamans Twangize » broient à la main les pierres ramenées de la mine et la nuit, elles livrent leurs corps à leurs protecteurs…

L’histoire de Kamituga illustre aussi, par le petit bout de la lorgnette, la loi d’airain d’une économie mondialisée : comment une société minière americano-canadienne a pu, après une modeste mise de fonds, (quatre millions de dollars), mettre la main sur les sites les plus rentables légués par la Sominki et abandonner à un Etat congolais défaillant le soin de régler le passif social, c'est-à-dire les arriérés de salaires de 6000 travailleurs livrés à eux-mêmes…

Aujourd’hui certes, la roue de l’histoire a tourné, les élections ont eu lieu, la société Banro joue la carte de la légalité, la route reliant Kamituga à Bukavu a été rouverte, mais la souffrance demeure.    Rappelant le passé et l’histoire, traçant la chronique du présent jusqu’à la veille des élections, Yvon Lammens et Colette Braeckman ont surtout voulu donner un large écho aux voix de ces « oubliés de la forêt », ces gens de Kamituga pillés, exploités, menacés, mais qui ont continué à leur manière, à résister et à préparer un avenir meilleur.

Ces Congolais de base sont les véritables héros du film et leur message demeure toujours d’actualité.

L'or noyé de KAMITUGA

Je suis né à Kikwit au Congo en 1951 où j'ai passé mes neufs premières années.                                      

En 1960 suite aux évènements dus a l'indépendance mes parents m'ont envoyé en Belgique.Le départ fut précipité, sur le moment je ne comprenais pas ce qui m'arrivait.

En 1981 ayant toujours cette nostalgie du Congo je décidais de réaliser un film sur : “la mine d'or de Kamituga”. Kamituga, une petite ville minière en pleine forêt équatoriale au Sud-Kivu. La richesse des rivières avait attiré les chercheurs d'or et les trafiquants, entraînant une hausse du prix de la vie. Dans le trafic de l'or, le marché noir était roi. Quelques grammes d'or étaient échangés contre du lait démaquillant.

Un mineur travaillant dans le fond d’une mine d'or, huit heures par jour et six jours sur sept, gagnait de 50 à 120 zaïres par mois en 1981 (entre 500frB et 1.200frB). La quantité d'or recueillie par les chercheurs d'or dans les alluvions des rivières dépassait deux tonnes par an, alors que la production officielle des deux plus grandes sociétés minières n'atteignait même pas une tonne. Une bonne partie de cet or trafiqué passait clandestinement les frontières par l'intermédiaire de grossistes, pour être échangé contre des devises étrangères. Ce trafic ne profitait pas à l'état zaïrois mais permettait à toute une population de survivre dans la clandestinité.    

Devant cette situation j'étais révolté des rémunérations des travailleurs de la société surtout des bénéfices que la société réalisait. On ne pouvait rien faire contre les barèmes de la société qui étaient fixés par l'état mais que la société essayait de compenser par des services sociaux. Les soins médicaux gratuits, les écoles, compensation alimentaire....la cité…La société exploitait deux mines d’or, Kamituga, Lugushawa, et possédait deux autres gisements importants d’or non exploités en réserve : Namoya et Twangitza. SOMINKI détenait également seize mine de cassitérite (étain) d’où elle tirait la majorité de ses bénéfices. 13.000 travailleurs travaillaient dans ces mines de cassitérite. La part de l’état Zaîrois dans la société était de 28 %. A mon retour j’ai montré les rushs à Colette Braeckman et nous avons décidé de nous associer pour ce documentaire. La première version fût présentée à la RTBF en 1985.      

Deuxième film :

En 1985 survint le crash de l’étain, ce minerai exporté par la société s’effondre au quart de sa valeur. La société se voit contrainte d’appliquer des mesures drastiques pour survivre : licenciement de 90% du personnel expatrié. Le personnel africain est mis pour moitié en chômage technique, avec l’accord des syndicats mais continue à bénéficier des avantages sociaux. L’exploitation de l’or continue et devient vite le principal revenu de la société.

A partir de 1989, l’actionnariat perd tout espoir d’une remontée du cour de l’étain et cherche un repreneur mettant en valeur ses quatre mines d’or dont deux vierges. Le problème est que le repreneur s’ il est intéressé par l’or doit prendre également les mines de cuivre avec ses 6.000 travailleurs car le contrat minier avec l’état Zaïrois ne permet pas de dissocier les mines.  

1996 la société américano-canadienne Banro fait son apparition dans la région. L’or l’intéresse, principalement celui qui se trouve à quelques centaines de km de Kamituga dans deux grands glissements encore vierges. Vu la contrainte de reprendre en bloc l’ensemble des exploitations et des 6.000travailleurs, le prix d’achat est dérisoire : 3,5 millions de dollars (125.000.000 millions FB).

En 1997, juste avant l’exil de Mobutu, la société Banro signe le contra avec l’Etat Zaïrois. Banro s’engage à poursuivre l’exploitation de la cassitérite et à reprendre l’actif et le passif ainsi que les arriéres des 6.000 travailleurs. Octobre 1996, l'armée Rwandaise rentrait au Congo et la guerre se propageait partout.      Novembre 1996, l'armée zaïroise, sensée protéger la population et la mine de Kamituga, s'enfuyait à l'annonce de l'avancée des troupes de l'AFDL. Le directeur décida de noyer les mines pour préserver l'or. Il supplia les ouvriers ainsi que la population de Kamituga de ne pas piller la mine car c'était leur seul outil de travail. Il fit de même à Kalima et insista bien que s’il y avait pillage la société exploitante pouvait renoncer à maintenir l'exploitation...  Banro espérait qu'il y aurait pillage à Kalima ainsi il pourrait se débarrasser de cette charge. Malheureusement, pour BANRO, il n'y eut jamais de pillage à Kalima seulement à Kamituga.  

Juillet 1998, Kabila dénonça les dirigeants de BANRO pour irrégularités dans la liquidation de SOMINKI et retira les concessions minières à BANRO.

BANRO attaqua l'Etat Congolais en justice auprès de la Cour Fédéral de Washington invoquant un vice de procédure, réclamant un milliard de dollars !

En mars 2003 un accord à l’amiable est conclu entre la société Banro et les Autorités de Kinshasa. Craignant d’être condamné par le tribunal fédéral de Washington, et sous cette pression, Kinshasa a cédé la pleine propriété des deux gisements vierges d’or, l’Etat Congolais est obligé de récupérer les exploitations d’étain avec ces installations obsolètes et ces mines dédaignées.

L’Etat congolais a tout perdu.  Comment en est-on arrivé à pouvoir laisser BANRO s'approprier des mines d'or pour la somme de trois millions cinq cents mille dollars ? (125.000.000 FB) et à ne pas devoir intervenir pour les 6.000 ouvriers de la mine de Kalima !                                         

Comment le groupe BANRO a délibérément laissé le pillage de Kamituga s'organiser pour ne plus s'en occuper. Car Kamituga n'est plus rentable, sachant très bien à qui profite l'or de Kamituga, il peut à présent programmer l'exploitation des trois autres mines d'or. Pourquoi à Kamituga il n' y a plus de justice malgré un procureur en place et tout son système ? Cette région est fertile et plus personne ne cultive, parce que les femmes ont peur d'être violées, peur d'être enlevées, peur d'être déportées. Ainsi, toute cette population devient dépendante de l'aide humanitaire, le PAM. 

Des avions «  petits porteurs » apportent jusqu'à cinq fois par jour de la farine ,du manioc ou de la farine de maïs. Ils repartent avec des marchandises que l'on ne peut pas identifier!  La malnutrition s’installe aussi bien chez l'enfant que l'adulte! Lorsque une femme a été violée, le mari l'écarte de la famille, elle perd tous ses droits, ses droits de voir ses enfants, son mari, sa famille... Certaines femmes célibataires, pour aider leur famille, en sont arrivées à vendre leur corps pour “une nuit un dollar! Comment ses mères de quinze ans en moyenne vont-elles éduquer leurs filles accouchées après le viol ? Vont-elles leur transmettre cette angoisse de se méfier de l'homme? Comment vont-elles faire pour oublier! Comment peuvent-elle avoir confiance en l'avenir !

Est-il normal que toutes ces femmes, qu'elles soient vieilles, mamans ou encore enfants, travaillent toute une journée à concasser des minerais d'or pour un salaire d'un dollar la journée ? La poussière de ces minerais provoquant la tuberculose . A cela, s'ajoute le sida lorsqu'elles se font violer.     

Que vont devenir ces enfants qui dès l'âge de dix ans partent exploiter l'or, même s'ils n'en retirent qu'une minime partie. Pourquoi permet-on à la MONUC, d'après le chapitre 7, de ne pas agir, ré-agir contre ces viols, ces vols, ce pillage organisé par le RCD dans une ville qui se situe à 18 minutes de vol de Bukavu !

Et pourtant les congolais de Kamituga gardent non seulement leur dignité mais certains intellectuels gardent l'espoir et construisent des projets.   Le film raconte cette saga politico-économique que peu d’entre nous comprennent, même si nous lisons souvent des nouvelles de cette région…La Belgique déploie tous ses efforts pour mettre en place cette région des accords de paix.

A travers l’histoire de cette mine, c’est un pan de l’histoire du Congo qui se révèle : le désintérêts des actionnaires belges qui ne veulent pas prendre de risques, les ambitions économiques des pays qui ont soutenu la guerre menée par le Rwanda et l’Ouganda, les contradictions actuelles entre Kinshasa qui veut rétablir son autorité et les voisins qui veulent, par ex-mouvements rebelles interposés, continuer à défendre leurs avantages conquis à la pointe du fusil.

« L’or noyé de Kamituga » retrace, depuis l’époque coloniale, l’histoire de cette mine, à travers des images et des interviews réalisées au fil de nombreux voyages au Sud Kivu. De nombreux autres exemples de spoliation du patrimoine minier congolais existent, mais c’est à celui là que nous avons voulu nous attacher, comme symbole de tous les autres.

Yvon Lammens

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