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Du 6 au 8 février 2012
Conférence internationale sur la gouvernance des ressources naturelles collectives
Opportunités, défis et perspectives

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« La gouvernance des ressources naturelles collectives en phase post conflits: opportunités, défis et perspectives » a été le thème principal de la conférence internationale tenue du 6 au 8 février 2012 à l’hôtel Horizon de Bukavu.

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La conférence a été organisée par la Plate-forme DIOBASS au Kivu et  l’organisation ADISCO du Burundi (Appui au Développement Intégral et à la société sur les collines) avec l’appui financier du Centre de recherche et de Développement International CRDI Canada dans le cadre du projet « Promouvoir des approches participatives multi Institutionnelles pour la bonne gouvernance des ressources naturelles collectives dans les sociétés post-conflits des grands lacs en Afrique ».

Un projet qui avait pour centre d’intérêt, la mise en place des stratégies communautaires efficaces pour la bonne gestion de deux ressources naturelles : la terre arable et la petite forêt communautaire.

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La conférence a réuni plus de 100 personnes en provenance de pays du Monde : RD Congo, Burundi, Kenya, Cameroun, Belgique, Allemagne, Afrique du Sud et même de la Corée !

Ce sont des chercheurs en agronomie, environnement, des professionnels du développement, des organisations de la société civile, des professeurs d’université, issu de communautés locales (RDC et Burundi) et des décideurs politiques.

« On ne s’y refait pas ! » Difficile de mettre en avant ses valeurs de parité : Alors que  les femmes sont citées à de multiples reprises comme partenaire du développement (Elles jouent un grand rôle dans la problématique de la gestion des ressources naturelles), 90% des participants étaient des hommes : Celles qui étaient présentes, étaient à compter sur le bout des doigts !

Et pourtant dans la région, des femmes font elles aussi des recherches dans le domaine de l’environnement. Il ne peut être question de développement sans associer la femme !

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La conférence a permis aux participants d’échanger sur des thèmes de réduction de la pauvreté dans leurs milieux respectifs.

4 grandes thématiques ont été développées en ateliers :

1. « Participation communautaire et réhabilitation des RN collectives »

2. « Partenariat régional pour la recherche action participative dans le processus de changement environnemental »

3. « Innovations technologiques pour une meilleure incitation à la bonne gouvernance des RN »

4. « Décentralisation et Gouvernance des RN collectives »

* RN = Ressources naturelles et RN Collectives = ressources partagées entre plusieurs communautés, des ressources  de plusieurs personnes appartenant à des communautés différentes. Par exemple le sol, le boisement, les forêts collectives. Le séminaire a centré ses préoccupations sur les ressources alimentaires et environnementales. Il n’a donc pas été question des ressources minérales et autres.

L’objectif est de partir des résultats obtenus dans le cadre du projet et des expériences d’ailleurs pour mettre en évidence les problèmes de gouvernance des  ressources naturelles dans la région, proposer les stratégies et les pistes de solution pour une bonne Gestion des Ressources Naturelles  (GRN).

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Plus de 20 communications ont été présentées pour partager les résultats des recherches menées par les institutions et organisations.

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Parlant de  l’étude menée par la plate-forme Diobass sur « L’ innovation institutionnelle  dans la recherche agricole pour le développement en zone post-conflits » Sylvain Mapatano, coordonnateur de Diobass au Kivu a souligné que l’objectif visait à faciliter les communautés rurales à définir une vision collective de GRN, catalyser des plate formes multi acteurs pour influencer les politiques, renforcer le rôle de la femme dans la GRN, promouvoir des innovations et technologies de gestion durable des RN.

Dans son exposé sur le « Partenariat régional pour la recherche action participative dans le processus de changement environnemental : cas du Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo », Guy Mercier, Conseiller Régional de Développement à l’ambassade du Canada à Kinshasa, rappelle que depuis 1993, les pays des Grands Lacs sont confrontés à des crises sociopolitiques et des conflits armés récurrents qui ont eu des conséquences néfastes directes et indirectes sur la biodiversité et sur les activités en milieu rural.

 

La problématique de la gestion des RN en général et la gestion transfrontalière en particulier sont souvent perturbées par la présence de groupes armés qui organisent et contrôlent les filières d’exploitation et génère un climat d’insécurité, entrainent des mouvements des populations, affaiblissent  des capacités des institutions de conservation et entrainent une fragmentation de l’habitat.

L’exploitation illégale au niveau national et transfrontalier des ressources forestières et fauniques et la corruption parfois systémique sont des problèmes importants dans la région. Malgré tous ces problèmes, il existe des exemples de bonne pratique de coopération sous-régionale sur la base des ressources nationales et transfrontalières.

Les gouvernements de la RDC, de l’Ouganda et du Rwanda ont mis en place un cadre régional et des mécanismes concrets de collaboration pour la gestion de leurs ressources partagées. Une Déclaration Tripartite a été signée en octobre 2005 pour gérer, de manière coordonnée, l’ensemble des aires protégées du Rift Albertin comme un unique écosystème.

Le rift albertin est l’espace de la zone de la Commission des Forêts d’Afrique Centrale, la Comifac qui couvre dix pays : Burundi, Cameroun, RCA, Congo, Gabon, Guinée Equatoriale, RDC, Rwanda, Sao Tome et Principe et, le Tchad.

Par convention, la « Région des Grands Lacs » est une entité géographique désignant les régions frontalières des pays partageant le rift albertin. Le rift albertin est la vallée qui se situe entre les pays de la région des Grands Lacs.

Malheureusement le constat est qu’il y a beaucoup de déclarations d’intention, d’initiatives et d’accords qui visent à améliorer la gouvernance interne et la coopération transfrontalière mais que ces intentions ne sont pas traduites en actions concrètes. Rien n’est fait pour mettre en pratique les accords signés.

Il s’observe depuis plus d’une décennie en RD Congo la dégradation des terres cultivées, le déboisement, la divagation des animaux domestiques, la mauvaise utilisation des débris végétaux, les feux de brousse, la coupe illicite des arbres, le braconnage dans les parcs, etc.

Tous ces éléments dégradent de plus en plus l’environnement aux yeux et au su de l’Etat qui n’intervient pas pour palier à tous ces problèmes.

Selon Libère Bukobero de l’ADISCO, ces mêmes phénomènes s’observent au Burundi. Les causes profondes qui justifient cette dégradation sont :

  • La non organisation de la filière environnement et la mauvaise valorisation des RN                                     
  • Les faibles capacités de l’Etat pour mettre en place un vaste  programme de gestion durable des RN.
  • L’insuffisance de programme de recherche dans l’accompagnement en matière environnementale.
  • L’exploitation anarchique des RN et de l’environnement et l’appropriation illégale des forêts et des terres par certains membres de l’administration locale…

La conférence paysanne était un des moments forts de la rencontre scientifique car la parole exprimée en langue locale a été donnée aux paysans pour décrire leurs actions de gestion des RN menées dans leurs villages.

Mme Jeannette Chandazi, membre du CGRN (Comité de Gestion de Ressources Naturelles) de Kamanyola a informé que des séances de sensibilisations pour lutter contre les feux de brousse, la divagation des animaux dans les champs sont organisées. Le comité s’implique activement dans le reboisement car toutes les collines étaient déjà nues.

Pendant les 3 ans d’exécution du projet financé par le CRDI - Canada, Diobass et ADISCO ont réussi à mettre en place le CGRN, une structure multi institutionnelle regroupant toutes les institutions sociales de la communauté (dans les villages) : autorité politico-administrative, administration locale, société civile, chefs religieux, les écoles, les groupements féminins et les chefs de groupement. Ces deux associations ont pour mission de présider à la gouvernance des RN.

La table ronde politique animée par Colette Braeckman, journaliste au journal le Soir en Belgique avait comme invités des autorités politiques et de la société civile de la RDC et du Burundi. Ils ont débattu sur la restauration de l’autorité de l’Etat, le rôle du pouvoir coutumier dans la gestion foncière et la participation de la population pour la gouvernance des RN.

Toutefois, il est à se demander quelles seront les effets d’une telle discussion qui a ressemblé à tant d’autres tables rondes politiques diffusées sur les chaines de radio et télé locales ?

Dans les faits, les  différents pouvoirs de l’Etat ne montrent pas vraiment une volonté de se « restaurer » et  la « Société civile » est elle-même en incapacité de s’indigner, à revendiquer, à être une force de propositions. Par ailleurs, l’Etat congolais n’est toujours pas soutenu par ceux-là qui lui reprochent sa déliquescence…

Le deuxième jour, 3 équipes ont effectué une descente sur le terrain en vue de « palper du doigt » la réalité du milieu à Nyangezi, Ikoma et Kalambo. Ils ont visité le drainage d’un marais à Nyangezi, le reboisement des collines et les champs de production de semences opérationnels, etc.

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Le CGRN
Le CGRN est un espace où les animateurs des différentes institutions à la base se rapprochent et échangent sur la problématique de la gouvernance des ressources naturelles et prennent des mesures nécessaires.

Grâce à cela, la population peut discuter une mesure avec l’Autorité, l’ajuster ou l’adapter et en donner les contours voulus. Ces comités ont pris en main la gestion des RN dans les chefferies et ont réussi par des négociations avec l’administration à imposer des codes de conduite dans la gouvernance des RN.

Au Burundi, la dynamique du CGRN a commencé par la constitution d’un groupe d’initiative composé des membres d’associations existantes appuyées par ADISCO au niveau de chaque site qui s’est ensuite élargi aux autres forces vives de la zone.

Le CGRN comprend deux organes principaux à savoir le conseil consultatif et le comité exécutif dont la composition varie selon les sites.

Au Burundi le conseil consultatif du CGRN est constitué à Kabarore de 28 hommes et 13 femmes, à Rutegama de 24 hommes et 11 femmes tandis que le comité exécutif du CGRN est de 19 hommes et 8 femmes.

Au Sud-Kivu, les CGRN sont installés à Kamanyola, Karhongo, Ikoma et Bugobe avec un total de 53 personnes dans le comité exécutif dont 19 femmes. Un CGRN comprend une assemblée générale, un comité exécutif et un comité de contrôle.

Contexte de la conférence
Depuis plus de 40 ans, la région des Grands Lacs connaît des conflits ethniques, politiques et militaires, violents et mouvants, entraînant la présence de très nombreux réfugiés et déplacés, générant une présence massive et désordonnées d’agences des Nations Unies et d’organisations humanitaires pour tenter de combler l’incapacité des Autorités congolaises et de la société civile à gérer ces situations, pour autant que cela ait jamais été réellement leurs préoccupations…

Les violences sexuelles chez les femmes et l’exploitation des enfants sont des menaces réelles récurrentes qui dans les zones forestières réduisent les bénéfices que ces dernières peuvent tirer des forêts via les produits forestiers.

Diobass au Kivu et ADISCO, en collaboration avec les institutions universitaires et de recherche du Sud-Kivu et du Burundi ont accompagnés des initiatives de gouvernance des ressources collectives et ont développé la démarche de recherche action participative pour la restauration et la réhabilitation des RN collectives endommagées par les guerres et conflits armés.

Les résultats de ces recherches actions ?
La recherche action a été conduite à trois niveaux :

> Au 1er niveau, des espaces d’échange et de discussion ont été mis en place pour faciliter une interaction entre les acteurs sociaux à la base, les chercheurs et les décideurs impliqués dans le projet.

> Au 2ème niveau : la promotion des innovations technologiques et institutionnelles pour accompagner les réformes politiques et institutionnelles et faciliter l’adoption des technologies de gestion intégrée des RN.

Ce sont par exemple des essais agro forestiers, des reboisements, des technologies de conservation de l’eau et des sols. Ces innovations parviennent à la population par l’organisation de sessions de formations, la distribution des modules et protocoles, l’installation des essais d’expérimentation…

La recherche participative basée sur l’expérimentation paysanne a été un aspect fondamental de ce projet. Il s’agissait d’efforts techniques visant à  améliorer la productivité des ressources en mettant en place de nouveaux systèmes de production agricole, agro forestière, animale, intégrée.

C’est ainsi que des technologies de lutte antiérosive ont été utilisées à Kamanyola et Ikoma, des techniques d’amélioration des sols, de diversification des cultures par l’introduction de nouvelles variétés des légumineuses à usage multiple, promotion de la rotation des cultures, la lutte anti érosive, techniques de gestion de la bananeraie ont été utilisés à Bugobe et Nyangezi, etc.

> Le 3ème niveau est la réalisation d’une méta-analyse des plateformes et des processus décisionnels en vue de générer des leçons et principes généraux d’apprentissage politique et de gouvernance participative des RN.

Diobass au Kivu et ADISCO ont produit avec les universités, centre de recherches et chercheurs, nombre de documents et des rapports de recherche.

Après les travaux en carrefour et les recommandations d’usage, Marcellin Cishambo, Gouverneur de province a présidé à la  cérémonie clôture comme il l’avait fait à l’ouverture, en présence des ministres de l’eau, de l’environnement et des infrastructures.

Eliane POLEPOLE

Plate-forme DIOBASS au Kivu

La plate-forme Diobass a pour objectif :

> Appuyer des réflexions et accompagner les initiatives visant à la sécurité alimentaire et l’intégration sociale des catégories défavorisées.
> Faire évoluer les méthodes d’appui au développement et d’accompagnement des dynamiques locales grâce  au dialogue et l’amélioration de la communication entre acteurs.
> Renforcer les capacités organisationnelles et techniques des acteurs à la base dans une perspective autonomisant.
> Favoriser les échanges entre paysans et cadres techniques des milieux diversifiés (ONG, enseignants, chercheurs, services publics…) pour métisser les savoirs locaux et les connaissances issues d’autres sources.

www.diobasskivu.org - Sylvain Mapatano

ADISCO - Appui au Développement Intégral et à la Solidarité sur les Collines

L’association ADISCO travaille au Burundi depuis août 2006, elle a pour mission l’avènement des collines solidaires, prospères et digne.

Sa mission est d’accompagner l’émergence et le développement d’un mouvement social national capable de porter son propre développement et d’influencer les politiques au profit des couches modestes de la population.

Pour accomplir sa mission de construction d’une force sociale, l’ADISCO utilise les stratégies suivantes :

> L’appui à la réflexion pour aider les communautés à identifier leurs priorités et construire les réponses et leurs modèles organisationnelles.
> L’accompagnement en organisation/ structuration pour conforter les modèles organisationnelles choisis et construire progressivement leurs savoirs faire. Le conseil technique et en gestion  pour optimiser la réponse des populations en privilégiant une expertise qui féconde les savoirs locaux.
> L’appui à la mobilisation des ressources et le coup de pouce financier pour amplifier si nécessaire les efforts des populations.

www.adiscoburundi.org - Deo Niyonkuru

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